Emissions de CO2 des camions : les constructeurs demandent plus de temps à l’Europe

Les constructeurs européens traditionnels de camions, dont le n°1 mondial Daimler Truck, estiment que les conditions pour la transition énergétique exigée par l'Union européenne ne sont pas réunies, et demandent un délai supplémentaire de 3 ans. Photo : Nicolas Grumel

Lors d’une conférence qui s’est déroulée au salon IAA le 14 septembre, les constructeurs européens de poids lourds ont demandé à l’Union européenne de repousser de 3 ans les objectifs de réduction d’émissions de CO2 « Vecto » établis pour 2030. S’ils ne parvenaient pas à les atteindre à cette date, les pénalités les feraient plonger, laissant la porte ouverte à la concurrence de l’industrie chinoise.

C’est une conférence comme on en voit rarement : au centre du hall 13 de la Hanover Messe (Allemagne), lors du salon IAA Transportation le 14 septembre, les sept patrons des constructeurs européens de camions se resserrent sur une petite estrade. Autour de Karin Rådström, présidente de la branche Véhicules industriels (VI) de l’Association des constructeurs automobiles européens (ACEA), qui est aussi présidente du conseil d’administration de Daimler Truck, on repère Jim Walenczak, président de DAF Trucks, Olof Persson, PDG du groupe Iveco, Alexander Vlaskamp, PDG de MAN Truck & Bus, Christian Levin, PDG des groupes Scania et Traton, Martin Lundstedt, PDG du groupe Volvo ainsi que de Güven Özyurt, PDG de Ford Otosan, le plus récent à avoir intégré le « groupe des huit », les industriels européens du camion qui représentent la quasi-totalité des immatriculations dans les 27 Etats membres de l’Union européenne (marques Mercedes-Benz, Scania, MAN, Volvo et Renault Trucks, DAF, Iveco et Ford Trucks).

Le 14 septembre lors du salon IAA d’Hanovre, la présidente de la branche VI de l’ACEA, Karin Radstrom, au milieu de sept dirigeants des traditionnels constructeurs de camion, a demandé un rallongement des délais pour parvenir aux objectifs Vecto de 2030 en 2033. Photo : Nicolas Grumel.

L’heure est grave…

C’est que l’heure est grave pour l’industrie européenne du poids lourd, et on le constate en visitant cet IAA 2026 : la concurrence de marques asiatiques, pour ne pas écrire chinoises, est plus que jamais une réalité. En surface d’exposition, ces dernières s’étalent sur plus de mètres carrés que le « groupe des huit ». Parmi les visiteurs, on constate également une très forte proportion de professionnels venus d’Asie. La menace d’une prise de contrôle du marché PL européen par la concurrence chinoise, à moyen terme, est réelle. Il était donc temps pour les européens traditionnels de formuler une demande qui sonne comme une exigence à destination des instances de l’Union : « La transition de l’Europe vers les véhicules lourds zéro émission est encore freinée par un retard alarmant des conditions nécessaires pour stimuler l’adoption du marché, expliquent les sept PDG à l’unisson. Nous appelons les décideurs européens et nationaux à réduire d’urgence cet écart et à ajuster le calendrier de conformité au CO2 pour 2030 ». En clair, ils ne demandent pas à l’Europe d’abaisser les seuils d’émissions de CO2 fixés par la règle à calcul Vecto, mais un allongement des délais de trois ans : qu’ils puissent parvenir en 2033 aux seuils qui étaient fixés pour 2030, et ainsi de suite.

Le camion électrique n’est pas encore un choix économique judicieux

« Après des années d’investissements, une gamme complète de véhicules zéro émission compétitifs pour tous les grands cas d’utilisation est disponible aujourd’hui, selon les membres de l’ACEA. Mais les conditions dont les opérateurs de transport ont besoin pour adopter ces véhicules à grande échelle et les exploiter de manière compétitive ont désormais au moins trois ans en retard et ne se développent toujours pas assez rapidement. Seulement 2,4 % des nouvelles immatriculations de camions lourds en Europe sont aujourd’hui zéro émission. Dans les principaux marchés PL comme la Pologne, l’Espagne et l’Italie, la part reste bien inférieure à 1 %. Même en Allemagne et en France, les deux plus grands marchés européens, elle n’est que de 4,3 % et 2,4 %. Il ne reste que 45 mois avant l’application des objectifs de CO2 pour 2030 et l’écart entre l’adoption actuelle du marché et le rythme de transition vers 2030 reste important. Combler cet écart nécessite que les camions zéro émission soient économiquement judicieux pour les opérateurs de transport, et cela dépend de la recharge et de l’accès au réseau, des coûts énergétiques, des péages routiers à base de CO2 et d’un cadre politique cohérent et de soutien. La plupart des conditions qui déterminent si les opérateurs peuvent effectuer ce changement doivent être créées par des acteurs autres que les fabricants ».

Les membres de l’ACEA demandent que l’UE retarde le calendrier de trois ans afin d’éviter des sanctions financières qui seraient considérables pour ces constructeurs.

Des pénalités financières écrasantes

« La responsabilité et le contrôle sont clairement désalignés, souligne Karin Radstrom. Les fabricants font face à des pénalités financières écrasantes si leurs nouvelles flottes ne respectent pas les objectifs de CO2 ». Les constructeurs considèrent qu’ils ont pris leur part de ces objectifs CO2 en investissant des milliards d’euros pour proposer des véhicules zéro émission compétitif. Et que les dispositifs de recharge, comme les aides à l’acquisition pour les utilisateurs, ne dépendaient pas que d’eux. Si l’Europe ne le comprenait pas et laissait ces objectifs en l’état, cela « ne mettrait pas davantage de camions zéro émission sur la route, considère Karin Radstrom. Cela détournerait au contraire des milliards d’euros des technologies et de la capacité de production nécessaires à la transition, tout en affaiblissant les fabricants européens tout comme la concurrence mondiale s’intensifie ».

L’industrie européenne du poids lourd se considère clairement à un tournant : si l’Union Européenne persiste à maintenir les sanctions financières prévues au calendrier initial, cela pourrait contribuer à l’affaiblir économiquement, et à favoriser l’émergence de l’industrie chinoise du poids lourd électrique sur le Vieux continent.

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