Webfleet fait entrer l’intelligence artificielle dans le pilotage des flottes

Le fournisseur de solutions de gestion de flotte Webfleet lance Fleet Insights, un module d’analyse et de benchmark associé à un conseiller de flotte conversationnel, qui est virtuel. Il propose aussi une caméra en cabine. Le point avec son directeur général,  Yoni Allali.

La gestion de flotte accumule assez de données pour devenir difficile à exploiter sans outils dédiés. La solution de gestion de flotte de Bridgestone, Webfleet, transforme donc ses données télématiques en indicateurs de pilotage et en recommandations, pour poids lourds et véhicules utilitaires légers (VUL). « Le but est de pouvoir collecter de manière assez simple, harmoniser et pouvoir prendre des décisions », commente Yoni Allali, directeur général France-Bénélux de Webfleet. L’éditeur a ainsi lancé son module Fleet Insights à l’occasion de l’IAA 2026 à Hanovre, avec une implantation effective depuis la fin septembre pour ses clients.

Rapports paramétrables

Le module s’appuie sur quatre à huit rapports paramétrables : consommation, événements de conduite, carburant gaspillé, utilisation des véhicules, kilométrage. L’objectif est de passer de la simple consultation de tableaux à une analyse directement exploitable par le gestionnaire. L’outil fait aussi office de benchmark : une flotte peut être comparée à la moyenne des véhicules connectés à la plateforme et aux 5 % de profils équivalents les plus performants.

250 000 camions connectés en Europe

Webfleet revendique entre 800 000 véhicules connectés en Europe, dont environ 30 % de poids lourds, soit 200 000 à 250 000 camions, et quelque 100 000 bus. L’éditeur reste malheureusement plus discret sur le nombre de camions connectés en France.

Le paramétrage se fait par type de véhicule et le périmètre peut être restreint à un pays ou une région. Webfleet dit travailler avec les principaux constructeurs de véhicules légers et de poids lourds par accords d’intégration API, l’activation du flux nécessitant l’accord du client. « Pour les véhicules compatibles, la donnée transite par le cloud du constructeur, sans matériel supplémentaire, avec une activation annoncée sous 72 heures après transmission du numéro de châssis », précise Yoni Allali. L’architecture est compatible avec le Data Act. Pour les véhicules non éligibles, ou pour des besoins comme l’identification du conducteur ou la vidéo, un équipement embarqué reste nécessaire.

Interroger ses données en langage naturel

Le conseiller de flotte virtuel proposé par Fleet Insights fonctionne comme un agent conversationnel. Une question telle que « quel a été le véhicule le plus énergivore le mois dernier et pourquoi ? » doit permettre de croiser consommation, moteur tournant, trajets et style de conduite. Il peut aussi identifier les cinq plus gros consommateurs ou les conducteurs cumulant le plus de freinages et de virages brusques. Le tableau de bord est inclus gratuitement, avec trente questions offertes par mois, puis un forfait s’applique selon le volume d’usage. Côté confidentialité, l’éditeur a intégré un modèle de langage du marché (LLM) dans son propre environnement, sur des serveurs français, en circuit fermé. « Les données clients ne servent pas à entraîner des intelligences artificielles (IA) génératives publiques », assure Yoni Allali. L’IA reste une aide au gestionnaire : une couche agentique est envisagée en amont pour contrôler la cohérence des données entrantes, mais pas pour décider. « L’IA doit servir l’humain et ne pas prendre de décision à sa place », insiste-t-il.

Caméra et acceptation par les conducteurs

L’IA intervient aussi dans la solution vidéo de l’éditeur, qui filme la route et l’habitacle, un sujet sensible pour les conducteurs. Selon Yoni Allali, l’IA permet de ne pas filmer en continu : la caméra est paramétrée pour ne déclencher l’enregistrement que dans les zones accidentogènes, et signale somnolence et distraction. La caméra interne peut être masquée ou désactivée par les entreprises qui ne souhaitent pas cette fonctionnalité. Webfleet revendique plus de 10 000 caméras installées hors de France et 3 000 à 4 000 dans l’Hexagone, dont 1 000 camions. Une flotte sur dix l’interroge sur le sujet, le transport de marchandises et de voyageurs étant déjà bien équipé. Sur l’acceptation, l’éditeur privilégie l’écoconduite au contrôle en insistant sur le fait que les données servent à cibler des formations et à renseigner les assurances en cas d’accident, notamment pour démontrer que le conducteur du poids lourd n’est pas fautif. Le salarié et le CSE doivent être informés, la finalité se limitant à la sécurité, et Webfleet recommande une phase de test d’un mois avec restitution des événements enregistrés. « Le plus important, c’est d’expliquer que la caméra ne filme pas », insiste Yoni Allali.

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