Ziegler France en liquidation judiciaire : près de 1 500 salariés sur le carreau

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Le tribunal de commerce de Lille Métropole a prononcé ce mardi 31 mars la liquidation judiciaire de Ziegler France et de sa filiale Satra. Près de 1 500 emplois sont supprimés, dans un secteur du transport routier de marchandises (TRM) déjà durement éprouvé par la crise des carburants. Le transporteur, en redressement judiciaire depuis début mars, n’a pas trouvé de repreneur crédible dans les délais impartis, malgré une quête urgente de candidats.

Le couperet est tombé à Tourcoing. Ce mardi 31 mars, le tribunal de commerce de Lille Métropole a prononcé la liquidation judiciaire sans poursuite d’activité de Ziegler France, transporteur basé à Roncq (Nord), ainsi que de sa filiale Satra, implantée à Bapaume (Pas-de-Calais). Près de 1 500 salariés répartis sur une soixantaine d’agences dans toute la France vont être licenciés dans les prochains jours. La décision a été accueillie par les huées des salariés présents à l’audience.

Filiale du groupe familial belge Ziegler, fondé en 1908 et présent dans 16 pays, Ziegler France réalisait un chiffre d’affaires de plus de 400 millions d’euros. C’est l’une des plus importantes défaillances que le TRM ait connues ces dernières années.

Ziegler : une chute financière vertigineuse

Les difficultés de Ziegler France ne datent pas d’hier. Dès décembre 2025, un courrier adressé aux salariés évoquait un protocole de cession. En février 2026, deux mandataires ad hoc étaient désignés par le tribunal de Lille. Le 2 mars, le redressement judiciaire était prononcé, avec une date de cessation des paiements remontant au 3 septembre 2024.

Les chiffres sont sans appel : sur un chiffre d’affaires annuel de 445 millions d’euros, le résultat d’exploitation est passé d’un excédent de 10 millions d’euros en 2024 à des pertes de plus de 6 millions en 2025, selon la CGT. L’entreprise a également perdu plusieurs contrats importants, ce qui a fortement pesé sur sa trésorerie.

La crise des carburants, facteur aggravant

Si les causes sont multiples, la flambée des prix du gasoil liée au conflit au Moyen-Orient a considérablement aggravé la situation — un contexte de crise que France Routes suit de près depuis plusieurs semaines, et dont les conséquences menacent la viabilité de nombreuses entreprises du TRM (lire : Aides aux transporteurs contre l’inflation du gasoil : le gouvernement temporise).

Avec un secteur qui a enregistré 2 504 défaillances d’entreprises en 2025 selon l’Union TLF, un niveau inédit depuis trente ans, et des marges parmi les plus faibles d’Europe (lire : Coûts du transport routier : l’OTRE craint le pire), la liquidation de Ziegler France n’est malheureusement pas un cas isolé.

Quelques offres de reprise avaient été déposées pour certaines agences, mais l’avocat des salariés, Me Jean-Louis Borie, les a qualifiées de dérisoires par rapport à l’ensemble de l’entreprise. Avec moins d’un mois entre le redressement et l’audience décisive, la liquidation était selon lui « inéluctable ».

Quatre filiales de Ziegler au sort encore incertain

Si Ziegler France et Satra basculent en liquidation, deux autres filiales ont obtenu un sursis. Ziegler Services et Dornach, spécialisées dans les services informatiques et employant 110 salariés selon la CGT, bénéficient d’une poursuite de leur période d’observation jusqu’au 28 avril 2026. Le sort d’une quatrième entité, Transco, sera examiné le 13 avril.

Ces structures disposent donc encore de quelques semaines pour attirer d’éventuels repreneurs.

Entre colère et résignation sur le terrain

Depuis mi-janvier, de nombreux salariés de Ziegler France étaient sans activité, rémunérés par le fonds de garantie AGS. Des rassemblements se sont multipliés devant les agences de Saint-Étienne, Bayeux, Clermont-Ferrand et ailleurs.

La CGT a dénoncé un manque d’anticipation de la direction, estimant qu’un plan social négocié plus tôt aurait limité les dégâts. De son côté, l’avocat du groupe assure que la famille Ziegler a tenté de faire son maximum, sans pouvoir inverser la tendance.

Le ministre de l’Économie Roland Lescure avait indiqué la semaine dernière suivre la situation « de très près ». Mais face à l’inflation des carburants — le prix du litre de gazole a pris 50 centimes en un mois selon plusieurs témoignages recueillis par France Routes — la situation du TRM reste très préoccupante, et d’autres défaillances ne sont pas à exclure.

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