À Limoges, Renault Trucks donne une seconde vie aux pièces de camions usagées

Des boîtes de vitesses aux filtres à particules, l’usine de Volvo et Renault Trucks de Limoges (Haute-Vienne) reconditionne chaque année des centaines de milliers de pièces de camion. Un process industriel conçu pour limiter les besoins en matériaux et énergie, qui permet au constructeur de réduire son empreinte environnementale.

Il est amusant de constater que, à Limoges (Haute-Vienne), l’usine du groupe Volvo Trucks, et donc Renault Trucks, est installée rue Amédée Gordini. S’il était encore vivant, le célèbre sorcier de l’automobile apprécierait sans doute ce process industriel de rénovation de pièces détachées de camions. Unique en France, il prolonge la stratégie d’économie circulaire développée par Renault Trucks.

Produits circulaires

« Nous avons vocation à réaliser des produits circulaires, c’est-à-dire que nous rénovons des pièces usagées, explique Stéphane Covasso, directeur du site. Boîtes de vitesses, filtres à particules, capteurs NOx… Nous leur donnons une seconde vie. Cela permet d’économiser l’extraction de matière jusqu’à 85 % par rapport à un produit neuf, et une économie d’énergie de 80 % ».

Le reconditionnement, un process maîtrisé par Renault Trucks

Stéphane Covasso, directeur du site Renault Trucks Volvo Circular de Limoges, détaille le process industriel de reconditionnement de pièces détachées.
Crédit photo : Christophe Barette

Dix sites dans le Monde

Le site emploie 260 personnes. Le groupe Volvo en possède dix semblables dans le Monde, les autres étant en Suède, aux États-Unis, au Brésil, en Inde…

En 2024, l’usine a reconditionné :

  • 6 300 boîtes de vitesses,
  • 1 200 moteurs,
  • 57 000 filtres à particules,
  • 108 000 capteurs NOx,
  • 18 000 infecteurs,
  • 2700 mufflers…

Il a réalisé 60 millions d’euros de chiffre d’affaires avec une croissance de 20,2 % par rapport à 2023.

Le reconditionnement chez Renault Trucks Limoges

Le groupe Volvo a developpé plus de 200 méthodes propres afin de récupérer les matériaux issus de ses véhicules usagés.
Crédit photo : Christophe Barette

Ne dites pas reconditionner mais rénover

« Le reconditionnement consiste à tester un produit, évaluer sa performance mais il est dans un état d’usure, insiste Stéphane Covasso. En rénovation, nous reprenons chaque pièce de l’organe concerné et donnons une nouvelle vie au produit afin qu’il ait strictement la même performance, la même garantie qu’un produit neuf ».

Des milliers de boîtes de vitesses rénovées

En 2024, l’usine a rénové 6 300 boîtes de vitesses de camions.
Crédit photo : Christophe Barette

Les boîtes d’abord

En 2024, la production de boîtes de vitesses a représenté 40 % du chiffre d’affaires, les produits étant distribués dans le monde entier aux différentes marques du groupe, Renault, Volvo et Mack.

Activité en développement

Le groupe continue d’investir pour élargir son offre de remanufacturing. « L’investissement n’a cessé d’augmenter ces dernières années. Nous avons une machine qui permet de mesurer l’efficacité catalytique des filtres à particules, un investissement de 1,4 M€. Nous allons investir 1 M€ de plus dans la production des boîtes afin de rénover celles de dernières générations ».

Plusieurs étapes clés

Les pièces sont récupérées sur les camions hors d’usage remontés par le réseau Renault. Chez les concessionnaires, les pièces usagées ne sont pas jetées mais orientées vers le site de remanufacturing.

Une boîte de vitesses arrive à l’usine dans son jus. Les opérateurs ne connaissent pas son historique. La première étape consiste à faire un nettoyage extérieur pour donner un état de surface propre. Ensuite, les techniciens la démontent jusqu’à la pièce unitaire.

Chacune des pièces qui la composent est nettoyée, brossée et si nécessaire, renettoyée. Après chaque opération, un nettoyage est systématiquement réalisé. Les composants sont ensuite inspectés avant d’être réinjectés dans une nouvelle boîte qui aura la même garantie et durée de vie.

La boîte est assemblée et testée avec la même exigence qu’une neuve. L’usine s’engage à produire des pièces quinze ans après la fin de vie de la série. Toutes les pièces sont tracées.

Les pièces remanufacturées représentent déjà 20 % du chiffre d’affaires de Renault Trucks France. L’objectif est d’atteindre 30 % à l’horizon 2030.

Des modes plus responsables

« Au-delà de cette production dans un cycle circulaire, nous encourageons le personnel à proposer ses idées sur l’environnement, la circularité, poursuit le directeur de l’usine. L’écopaturage réalisé sur le site a été suggéré par une technicienne : des moutons autour de l’usine remplacent la tonte mécanique. Nous travaillons sur l’économie d’énergie. La consommation est passée de 450 000 m³ d’eau en 2001 à moins de 4 000 m³ aujourd’hui. Nous disposons de notre propre station de recyclage des eaux usées ».

Avis partagé par les salariés

« L’entreprise nous sensibilise énormément à l’environnement », témoigne Pierre Madore, opérateur depuis 3 ans chez Renault Trucks Volvo circular. Son rôle consiste à recomposer le moteur avec des bielles, pistons, arbres à cames et culasses rénovées.

Renault Trucks Limoges : un as du moteur camion

Depuis trois ans, Pierre Madore remonte des moteurs de camion pièce par pièce.
Crédit photo : Christophe Barette

Nicolas, chef d’équipe, travaille sur la ligne de montage des boîtes de vitesses. Il a plus de 20 ans d’ancienneté dans le groupe, et constate du changement : « Depuis mon arrivée, nous recyclons beaucoup plus de pignons, des pièces qui coûtent très cher. Je suis très fier de travailler dans cette usine. Plus nous rénovons les pièces moins elles partent à la poubelle, c’est mieux pour l’environnement ». L’usine produit près 400 t de déchets ultimes par an, et 80 % des déchets sont recyclés dans des filières spécialisées.

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