Aides aux transporteurs contre l’inflation du gasoil : le gouvernement temporise

Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l'Énergie, et Philippe Tabarot, ministre des Transports. ©Christophe Barette

Le 17 mars, le ministre des Transports et sa collègue chargée de l’Energie ont reçu les représentants des organisations patronales du transport routier de marchandises (TRM). Ceux-ci sont ressortis exaspérés de la réunion, le gouvernement temporisant sur les aides qu’ils demandent face à la forte inflation du prix du gasoil, estimée à près de 24 % depuis début janvier.

« Nous avons fait un point avec les acteurs du transport de marchandises, secteur important pour notre pays avec 45 000 entreprises, ceux du transport de voyageurs ainsi qu’avec les chargeurs, expliquait le ministre des Transports Philippe Tabarot, à l’issue de la réunion. Nous avons écouté leurs demandes par rapport aux difficultés financières qu’elles rencontrent et qui mettent en péril leur fonctionnement ». De l’écoute, mais point d’annonces sur d’éventuelles mesures d’accompagnement dans la crise pétrolière liée au conflit au Moyen-Orient, qui aboutit à la fermeture du détroit d’Ormuz par lequel transite 20 % de l’approvisionnement mondial de pétrole, et qui semble parti pour durer. « C’est une réunion qui permet de mettre sur la table le constat, de croiser la vision des uns et des autres, poursuivait Maud Bregeon, ministre déléguée à l’Energie. Dans les jours à venir, nous reviendrons vers eux avec des avancées qui permettent de répondre à leurs problématiques ».

Dans les jours à venir, et pourtant le temps presse pour les transporteurs…

Les représentants des transporteurs espéraient du concret, comme par exemple bénéficier de remises directes à la pompe, ainsi que le gouvernement avait procédé en 2022 au début de la guerre en Ukraine, mais cette année, il ne l’entend pas de cette oreille : « La meilleure façon de protéger les Français, c’est le déblocage du détroit d’Ormuz », s’est contentée de répondre Maud Bregeon. Quant à la volatilité des prix pratiqués en station-service, la ministre a botté en touche : « Quant il y a baisse du prix du pétrole, cela doit être répercuté à la pompe aussi vite que quand il y a hausse. Pour l’instant ce n’est pas le cas dans la proportion de ce qui avait été annoncé la semaine dernière ». Les deux ministres ont tout de même annoncé étudier la possibilité d’un report de charges pour les entreprises concernées, de garantir les encours et de remettre en place le comité de suivi des impayés. Pas suffisant pour les transporteurs…

Les professionnels dénoncent un coup de comm’

Une négociatrice résume la situation en off : « Alors que la situation économique est très tendue pour les transporteurs, certains évoquant même l’idée d’en finir, nous assistons à une réunion qui ne débouche sur aucune proposition concrète. Que vais-je dire à nos adhérents ? C’est de la communication ! »

Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, le 28 février, les fédérations de transporteurs alertent l’Etat sur les graves difficultés économiques de leurs adhérents : « Beaucoup nous disent avoir arrêté d’exploiter certains véhicules faute de trésorerie », souligne Jean-Marc Rivera, délégué général de l’Organisation des Transporteurs Routiers Européens (OTRE). Elles redoutent un grand nombre de fermetures d’entreprises, ce qui aurait des conséquences économiques et sociales désastreuses. Il n’est plus temps de temporiser, selon lui… « Il y a une grosse amertume, nous repartons sans réelle annonce positive, constate Jean-Marc Rivera. On peut seulement espérer une réflexion sur la piste du report des charges, et celle d’un contrôle sur les délais de paiement. Mais le contrôle ne suffit pas, il faut sanctionner ! »

« Beaucoup nous disent avoir arrêté d’exploiter certains véhicules faute de trésorerie », souligne Jean-Marc Rivera, délégué général de l’Organisation des Transporteurs Routiers Européens (OTRE). © Christophe Barette

Des transporteurs pressés

La temporisation qui est de mise au gouvernement agace énormément les professionnels du transport. « Le gouvernement nous a assuré qu’il allait instruire notre demande de report de cotisations sociales destiné à alléger la trésorerie des entreprises, résume Olivier Poncelet, délégué général de l’Union TLF. Au-delà d’être entendu, il faut maintenant qu’il y ait des actes ».

« Le gouvernement nous a assuré qu’il allait instruire notre demande de report de cotisations sociales destiné à alléger la trésorerie des entreprises, résume Olivier Poncelet, délégué général de l’Union TLF. Au-delà d’être entendu, il faut maintenant qu’il y ait des actes ». © Christophe Barette

Evolution du prix moyen à la pompe : +12 % en deux semaines !

Concernant les prix cuves, le CNR indique dans sa publication du 13 mars une hausse de 8 % sur la deuxième semaine de mars, portant à +28,1 % l’augmentation totale depuis le début du conflit.

Rappel du contexte : un secteur sous pression maximale

Le secteur TRM assure 90 % des flux de marchandises en France, rappelle l’Union TLF. Il compte 50 000 entreprises, dont 85 % de TPE et PME, employant 500 000 salariés. Il était déjà fragilitisé avant la crise :
• 2 504 défaillances d’entreprises en 2025, un niveau inédit depuis trente ans ;
• trois années consécutives d’activité atone ;
• marges parmi les plus faibles d’Europe ;
• depuis le 27 février, impact estimé entre 650 et 750 € par camion et par mois pour un ensemble articulé longue distance.

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