Alors que le programme Engagements volontaires pour l’environnement (Eve) s’achèvera le 31 décembre 2025, le secteur du transport peut mesurer les résultats d’un engagement collectif tangible. Porté par l’Ademe, qui délivrait le label Objectif CO2 après un audit de l’entreprise candidate, le ministère de la Transition écologique et les fédérations professionnelles du transport routier, ce dispositif national a accompagné vers une logistique plus responsable la mutation de milliers d’entreprises : transporteurs, chargeurs et commissionnaires.
Entre 2018 et 2024, Eve a contribué à 10 % des objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur du transport, inscrits dans la stratégie nationale bas carbone (SNBC). À ce jour, 46 % de la flotte française de transport routier de marchandises (TRM) et de voyageurs (TRV) est engagée, soit 3 328 transporteurs chartés et 1 144 labellisés.
Crédit photo : Grégoire Hamon
Transport de béton au XTL
Chaque année, l’Ademe couronnait plusieurs entreprises d’un trophée Eve devant un parterre de professionnels, pour marquer les progrès réalisés dans la réduction des émissions de GES. La dernière cérémonie a eu lieu le 16 octobre à Paris. Parmi les derniers lauréats primés, les transports Brocas, basés à Dax (31 salariés, 37 véhicules), ont remporté le trophée de la Meilleure performance TRM pour les PME. Historiquement spécialisés dans le transport de béton, ils ont opéré une profonde transformation après la crise sanitaire. « Je souhaitais donner une orientation qui ait du sens », explique Grégory Brocas, le dirigeant. La moitié de sa flotte roule désormais au biocarburant XTL. Cette évolution a redéfini son modèle : tournées plus locales, diversification vers le transport de granulats, de matériaux de chantier et de béton recyclé.
Crédit photo : Grégoire Hamon
Combiné rail-route
Dans les Pyrénées-Orientales, les Transports Salva, pionniers du combiné rail-route, ont reçu le trophée du Meilleur partage d’informations environnementales. Engagée dès 2009 dans la charte Objectif CO₂, l’entreprise réalise déjà 53 % de son activité en combiné rail-route. « Le programme Eve est le socle de notre démarche environnementale », affirme Isabel Salva, sa dirigeante. Grâce à une interface entre son TMS et la plateforme Eve, elle partage mensuellement ses émissions de CO₂ avec ses clients. « Mais la clé reste l’humain : sans impliquer les conducteurs, on n’y arrive pas ».
Enfin, le groupe Prévost (277 collaborateurs, 482 véhicules), qui a investi l’année dernière dans des stations de recharge électrique après s’être équipé de camions circulant à zéro émission, s’est distingué avec le trophée de la meilleure progression TRM. Avec 95 % de flotte décarbonée, le transporteur de Mitry-Mory (Seine-et-Marne) mise sur une approche multi-énergie (bioGNV, biocarburant B100, camion électrique) et une formation continue des conducteurs. « Chaque énergie demande une conduite spécifique », explique Julien Prévost, son directeur général. Un formateur interne suit chaque chauffeur dès l’embauche et tout au long de l’année. « Le plus difficile, c’est de garder la régularité, et d’avoir des clients prêts à accompagner le surcoût ».
Un avenir aux contours flous
Les intervenants publics, représentants de l’Ademe et de l’État, affirment que le label Objectif CO2 n’est pas enterré. Cependant, l’arrêt en 2026 de son financement via les certificats d’économie d’énergie (CEE) est entériné. Les coûts d’accompagnement, d’audit et de validation seront à la charge des entreprises souhaitant s’engager ou renouveler leur labellisation. Ils sont importants, entre 3 000 et 4000 euros selon la taille de l’entreprise. En langage public, on affirme que cette évolution ouvre à une nouvelle étape : sous l’égide de l’Afnor, organisme public auquel l’Ademe transmettrait le label, le dispositif s’ancrera dans une logique de certification durable et de reconnaissance nationale des démarches environnementales.

