Le Parlement européen a validé un aménagement du système de crédits CO2 pour les poids lourds. Derrière cette réforme technique, l’objectif est de donner du temps à l’ensemble de la filière du véhicule industriel, dans un contexte où la transition énergétique reste difficile à absorber pour les acteurs du transport.
Le 12 mars 2026, les eurodéputés ont adopté un ajustement du dispositif encadrant les émissions de CO₂ des poids lourds. Le texte ne modifie pas les objectifs fixés à horizon 2030, mais introduit davantage de souplesse dans la manière dont les constructeurs doivent s’y conformer sur la période 2025-2029. En effet, les industriels devront toujours respecter une réduction de 45 % des émissions de CO₂ des véhicules neufs d’ici 2030 (puis 65 % en 2035 et 90 % en 2040 par rapport à 2019).
Crédits d’émissions de CO2
La réforme porte exclusivement sur le fonctionnement du système de crédits d’émissions sur la période 2025-2029. Concrètement, les constructeurs pourront désormais accumuler plus facilement des crédits lorsqu’ils commercialisent des véhicules moins émetteurs que les seuils réglementaires, puis les utiliser ultérieurement pour compenser d’éventuels dépassements. Jusqu’ici, les constructeurs ne pouvaient générer des crédits que s’ils étaient en dessous d’une trajectoire théorique entre 2025 et 2030. Désormais, ils peuvent en accumuler dès lors qu’ils passent sous les seuils annuels, ce qui élargit fortement leur capacité de stockage de crédits. Ce mécanisme de « mise en réserve » permet aussi d’éviter une application trop rigide des seuils annuels, qui exposait les industriels à des pénalités immédiates.
La lente transition vers le camion zéro émission
Le texte s’inscrit dans un contexte de transition plus lente qu’anticipé. La diffusion des camions à faibles émissions reste limitée, en raison du coût des technologies et du retard des infrastructures. L’assouplissement vise ainsi à adapter le calendrier réglementaire aux conditions réelles du marché, sans remettre en cause la trajectoire climatique.
La crainte de l’arrivée des camions chinois
Au Parlement européen, le Groupe du Parti populaire européen (PPE, majoritaire) a soutenu cette approche en insistant sur la nécessité de ne pas pénaliser l’industrie. « Les constructeurs européens de camions sont confrontés à d’importantes étapes de mise en conformité en matière de CO₂ dans le cadre de règles qui ne reflètent pas encore les réalités du marché. Le marché des camions zéro émission se développe, mais plus lentement que prévu », a déclaré Jens Gieseke, député européen, porte-parole du groupe PPE pour les transports et le tourisme, pour qui la solution ne consiste pas à infliger des amendes aux constructeurs européens, « tandis que leurs concurrents chinois et américains ne subissent aucune pression de ce type dans leurs pays respectifs ». Le groupe parlementaire souhaite désormais aller plus loin en plaidant pour une révision complète du règlement sur les véhicules utilitaires lourds, et ceci « dès que possible en 2026 ».