Camion gasoil : décarbonez par l’hybridation hydrogène

Spécialisée dans la microfiltration des carburants, la société IPMD commercialise en France depuis un an et demi l’unité Hydragen du canadien DynaCert. Celle-ci permet de réduire les émissions polluantes (CO2 et NOx notamment) d’un moteur thermique gasoil et biocarburants de poids lourd.

L’usage de l’hydrogène dans le but de décarboner la mobilité lourde n’est plus à démontrer, à condition bien sûr que le gaz soit produit avec de l’énergie elle-même décarbonée… Dans le poids lourd, on connaissait l’hydrogène utilisée dans une pile à combustible destinée à alimenter un moteur électrique ; plusieurs constructeurs l’utilisent également comme carburant d’un moteur à combustion interne, en remplacement du gasoil.

Concept méconnu en France. Mais ce que propose la société IPMD est peu connu en France : HydraGen est un équipement qui est associé à un moteur gasoil. Il produit, par électrolyse, de l’hydrogène et de l’oxygène. Ceux-ci sont incorporés à l’admission d’air à la demande, pendant que le moteur tourne, sans stockage ni pression. En résumé, on injecte l’hydrogène et l’oxygène en quantité infime dans l’air d’admission.

« L’hybridation hydrogène sans stockage, on en parle ? », interroge Xavier Morlat, consultant pour IPMD, spécialiste en microfiltration, qui commercialise en France cette unité HydraGen conçue par le canadien DynaCert en 2014. Celui-ci dispose d’un siège européen en Allemagne, là où le système a été certifié.

De la mine au transport routier. L’origine vient de l’exploitation minière, dans laquelle les solutions de décarbonation électriques ou hydrogènes ne sont pas viables économiquement, notamment pour des raisons d’éloignement des sources de production. DynaCert a donc conçu cette unité HydraGen en reprenant le principe d’hybridation.

Homologation KBA en Allemagne. Elle peut être installée à l’arrière d’un dumper et, par extension, d’un camion ou d’un autocar. « On améliore la combustion et cela permet d’émettre moins de Gaz à effet de serre (GES) dont le CO2 et les NOx », résume Xavier Morlat. Le distributeur français annonce le résultat de mesures réalisées en Allemagne par Emitec, selon le protocole WHTC, dans le cadre de l’homologation Kraftfahrt-Bundesamt (KBA) : l’unité HydraGen HG1 a été installée sur moteur MAN TGX 18.460 MY 2018 Euro 6 de 12,4 l de cylindrée et 338 kW de puissance. Elle a abouti à une réduction de :

  • 21 % des émissions de NOx,
  • 9,6 % des émissions de CO2,
  • 47 % de l’ammoniac,
  • 60 % des particules fines.

Sur ce Mercedes Actros, l’unité HydraGen pour l’hybridation hydrogène sans stockage est installée derrière la cabine, devant la potence porte-flexible.
Crédit photo : IPMD

Essais en France. IPMD s’est dit qu’il y avait un potentiel en France dans le maritime, le transport routier de voyageurs mais aussi de marchandises. « Nous avons entre 60 et 80 unités en exploitation, nous sommes en test entre autres chez Flixbus et avons déposé un dossier aux Affaires maritimes, précise-t-il. Dans le transport routier, on vise les concessionnaires et les transporteurs ».

L’intérêt pour un transporteur est simple : décarboner l’activité tout en conservant un camion déjà en exploitation, en respectant intégralement les systèmes existants. Un premier niveau de préservation de l’environnement, avant le potentiel renouvellement d’un véhicule ou d’une flotteet la transition vers l’électrique voire l’hydrogène.

Unité en location. « L’installation de l’unité HydraGen se fait en une heure et demi, reprend Xavier Morlat. Elle est géolocalisée et connectée via un boîtier de contrôle pour pouvoir recueillir les données ». Elle est commercialisée sous la forme d’un contrat de location. « Nous avons évalué que le coût du loyer était couvert par les économies liées à l’utilisation de l’HydraGen dès qu’un camion parcourait environ 7 000 à 8 000 km par mois. Le transporteur économise aussi sur l’entretien car le rendement du moteur est amélioré. Dans le TRM, il peut tabler sur une réduction de 4 à 10 % des émissions de CO2 ».

L’unité fonctionne sur la batterie du poids lourd (connexion après contact) et nécessite peu d’entretien : changement de l’électrolyte (oxyde de potassium) une fois par an environ. Le remplissage du réservoir d’eau déminéralisée toutes les 80 h est nécessaire et se fait automatiquement.

Le matériel HydraGen est en test sur les poids lourds des Transports Gariou qui font du convoi exceptionnel, activité pour laquelle il n’existe aucune solution de décarbonation par le camion électrique voire hydrogène.
Crédit photo : IPMD

Crédit carbone. L’usage de l’HydraGen pourra générer un crédit carbone validé par l’organisme indépendant Vera Conformité. Xavier Morlat explique par ailleurs qu’il négocie avec le ministère de la Transition écologique et les présidents de région afin de faire reconnaitre à terme HydraGen, pour accéder aux ZFE, au vu de ses résultats, comme peuvent l’être les véhicules dotés de la vignette Crit’Air 1.

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