Coup de frein aux importations de camions chinois en Russie

La Russie commence à restreindre les importations de camions en provenance de Chine. Une décision qui pose question, tant l’industrie russe du VI est exsangue.

Selon nos confrères du magazine polonais 40-ton, toujours très bien informés, les autorités russes ont commencé à restreindre les importations de camions en provenance de Chine. Une décision surprenante, alors que les industriels chinois du VI s’implantaient massivement dans le pays comme nous l’écrivions en juin 2024, profitant de l’effet d’aubaine provoqué par le retrait des constructeurs européens après l’invasion de l’Ukraine.

Camions-benne et tracteurs routiers

En début d’année, une première interdiction a frappé les camions-benne Shacman, suivie peu après d’une autre concernant cette fois neuf modèles, dont des tracteurs grands routiers, de Sitrak, FAW, Dongfeng et Foton. Non seulement ces camions ne sont plus homologables en Russie, mais les exemplaires en stock doivent être retirés de la vente, tandis que ceux en circulation doivent être rappelés pour modifications. Les autorités russes justifient cette décision par les nombreux défauts constatés sur les productions chinoises : bruit, freinage, substances nocives, sièges, ceintures de sécurité, protections antiencastrement, etc.

Décision soudaine

Cette mesure spectaculaire, surprenante par sa radicalité et sa soudaineté, pose, en creux, la question du devenir de l’industrie russe du poids lourd (PL), en grande difficulté depuis le début de la guerre en Ukraine. Les productions chinoises, relativement bon marché et déboulant en flot continu, ont considérablement affaibli les constructeurs nationaux, également fragilisés par l’arrêt des coopérations qu’ils avaient engagées avec des partenaires occidentaux. Bilan, en 2024, la part de marché des constructeurs PL russes ne dépassait pas 35 %, le premier d’entre eux, Kamaz, ayant chuté à moins de 17 %. Ce qui signifie aussi que l’industrie russe n’est pas en mesure, en l’état, de compenser les importations chinoises et ne le sera probablement pas avant longtemps, l’effort de guerre aspirant l’essentiel des investissements et des ressources du pays.

Les camions chinois bannis de Russie

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On pourrait aussi rapprocher cette initiative d’un autre phénomène, inquiétant pour Moscou, qui est la manière dont Pékin étend son emprise dans l’Extrême-Orient russe (40 % du territoire). Plus de deux millions de citoyens chinois y résident désormais, pesant puissamment sur l’économie locale, ce qui pourrait amener à une forme de vassalisation économique, voire à une perte de souveraineté.