Dans cette histoire, tout est énorme. La taille des camions déjà, des dumpers miniers de 240 t de charge utile. Le nombre d’engins concernés ensuite, pas moins de 475 machines, dont 360 camions du type T 264 E. Les sommes investies enfin, de l’ordre de 2,8 milliards de dollars, soit près de 2,6 milliards d’euros. Le choix d’une source unique est aussi à remarquer, la firme allemande (mais de droit suisse) Liebherr ayant été choisie pour fournir, outre 360 dumpers, pas moins de 55 pelles hydrauliques R 9400 E (350 t et 1 675 ch) et 60 bulls PR 776 (73 t et 768 ch), tous alimentés par batteries (la version électrique du PR 776 étant encore en développement).
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Batteries de 3,2 MWh
De telles batteries n’existant pas sur le marché, elles ont été développées par Fortescue Zero, une filiale du groupe. Les camions T 264 E sont ainsi équipés de batteries de 3,2 MWh réparties en huit sous-ensembles.
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Un chargeur de 6 MW, également développé en interne, permet de recharger un dumper en seulement 30 mn. Du moins, sont-ce les performances annoncées, car le système complet ne sera effectivement opérationnel que l’an prochain. À titre de comparaison, le chargeur Mega, développé par Tesla pour son tracteur électrique Semi, fournit une puissance de 750 kW…
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Conduite autonome
Mais ce n’est pas tout, quitte à changer radicalement de technologie, autant changer aussi de mode d’exploitation, avec des camions qui, désormais, se passeront tous de conducteurs. Une évolution déjà bien engagée dans le secteur minier, où depuis des années de très nombreux dumpers, parmi les plus gros, sont exploités en conduite autonome. Il est vrai que la régularité des cycles de chargement/déchargement et la constance des itinéraires se prêtent plutôt bien à ce type d’automatisation, plus complexe à maîtriser sur route ouverte.
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Quatre camions en service
Reste toutefois à confirmer, en exploitation réelle, les promesses faites par les ingénieurs. Quatre camions T 264 E électriques et à conduite autonome vont donc entrer en service cette année dans une mine australienne. Le concept devant être validé en 2026. Outre les camions qui seront livrés neufs dans cette configuration, Fortescue a prévu de convertir, au cours des cinq prochaines années, une centaine de T 264 à moteur thermique en mode électrique à batteries et conduite autonome. Sachant que ce type de dumper dispose déjà, à la base, d’une transmission « diesel-électrique » facilitant la transition. Dans ce cas en effet, le moteur thermique fonctionne comme un générateur produisant de l’électricité qui alimente des moteurs électriques disposés dans les roues.
Poids mort en question
Quant à la question du poids mort, on notera déjà que la suppression du gros diesel Cummins QSK 60 (V16 de 60 l de cylindrée et 2 700 ch), pesant dans les 9 t, contribue à équilibrer le poids des batteries de traction. D’autant que d’autres composants disparaissent comme le radiateur, le système d’échappement, les prises d’air, les filtres et bien sûr les réservoirs à carburant. Le constructeur maintient donc pour ce modèle une charge utile de 240 t, sans préciser toutefois le poids à vide, qui est de 176 t sur la version à moteur thermique.
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Cet article a été publié dans le magazine France Routes n°517 (mai-juin 2025). Pour vous le procurer, cliquez sur ce lien.




