A l’automne 2025, la ville de Melun a pris un arrêté interdisant la circulation des poids lourds de plus de 3,5 tonnes en transit sur une partie de son réseau routier, avec pour objectif affiché de réduire les nuisances pour les riverains. Cette mesure concernait notamment plusieurs axes structurants traversant la commune, dont les routes départementales RD 605 et RD 606, utilisées quotidiennement par les transporteurs pour assurer la desserte économique locale et le délestage du trafic autoroutier en cas d’incident.
Ordonnance du tribunal administratif
Saisi en référé, le tribunal administratif de Melun a rendu une ordonnance le 21 novembre 2025, suspendant partiellement l’arrêté municipal, estimant qu’il existait un « doute sérieux quant à sa légalité » sur les axes départementaux RD 605 et la RD 606, compte tenu de leur rôle dans la continuité du réseau routier et de l’absence d’itinéraires de substitution adaptés.
La suspension ne concerne toutefois que ces voies structurantes, l’interdiction restant applicable sur d’autres secteurs de la commune dans l’attente d’un jugement au fond.
Le maire persiste
À la suite de cette décision, le maire de Melun a indiqué prendre acte de l’ordonnance du tribunal, tout en réaffirmant sa volonté de poursuivre une politique de réduction des nuisances liées au trafic de transit.
Crédit photo : Xavier Stéfaniak
De leur côté, les organisations de transporteurs routiers FNTR, Union TLF et OTRE ont rappelé dans un communiqué conjoint que « l’arrêté municipal avait été pris sans concertation suffisante avec les acteurs économiques concernés ». Elles alertent sur le risque de « report de trafic vers les communes limitrophes, sans gain environnemental avéré, tout en générant des surcoûts d’exploitation et des allongements de parcours pour les entreprises de transport ».
Les fédérations appellent à une approche coordonnée à l’échelle intercommunale et départementale, fondée sur des données objectives de circulation et sur un dialogue régulier avec les professionnels.
Il existe déjà un cadre de concertation
Bruce Aiglehoux, secrétaire général de l’OTRE Ile-de-France, regrette que la décision municipale intervienne alors qu’un cadre de concertation existe déjà. « Ce qui est dommage pour le maire de Melun, c’est qu’il est engagé dans une charte d’accord signée avec tout le monde : communes, préfecture, transporteurs, CCI », rappelle-t-il, évoquant la charte de logistique urbaine durable engageant la communauté d’agglomération Melun-Val-de-Seine à organiser la circulation des poids lourds « dans de bonnes conditions » avec les transporteurs.
Il souligne que des évolutions de voirie sont déjà à l’étude. À l’issue d’une réunion tenue le 26 décembre 2025 avec le secrétaire général de la préfecture de Seine-et-Marne, les services de l’État et la DDT, plusieurs pistes d’aménagement ont été évoquées, comme la création de voies cyclables, de couloirs bus sécurisés et la reconfiguration progressive de certains axes. Des évolutions qui réduiront, de facto, l’espace dévolu aux poids lourds et nécessiteront, plus que jamais, la poursuite du dialogue entre tous les acteurs.
