Ce vendredi 25 avril, pour l’inauguration de cette première station de recharge électrique installée par le concessionnaire Sanef, le fournisseur d’énergie Engie et le logisticien Ceva, partenaires dans le cadre de l’Alliance ECTN (European clean transport network), le tapis rouge est de sortie sur l’aire de Sommesous, située sur l’autoroute A26 dans le département de la Marne.
À quelques tours de roue des pompes de gaz naturel liquéfié (GNL), déjà en service, un chapiteau est dressé pour accueillir de prestigieux invités, parmi lesquels des élus, le préfet de la Marne et les dirigeants des différentes entreprises qui ont participé de près ou de loin à ce projet. Le ministre en charge des Transports devait venir, mais a finalement décliné.
Crédit photo : Christophe Barette
Corridor électrique
Juste derrière ce barnum se situe l’entrée de la piste réservée à une station de recharge électrique, qui est ouverte aux camions, et qui est aussi la première du « corridor ECTN ». Pour la démonstration, un Renault T E-Tech chargé à 100 % est stationné à côté d’une borne capable de distribuer du courant à deux camions.
Deux bornes dont une de secours
« Cette station de recharge d’une puissance de 400 kW dispose de deux prises, précise Arnaud de Frémicourt, en charge de l’activité poids lourds chez Engie, qui a déjà déployé des stations électriques autoroutières par ailleurs. Pour garantir qu’elle fonctionne quoiqu’il arrive, nous avons installé une borne de secours, disposant également de deux points de charge ». Une station de ce type coûte entre 500 000 et 1 million d’euros. Elle a été dimensionnée pour accueillir d’autres satellites de recharge si l’usage le justifie, ou pour passer en Megawatt Charging Systems (MCS) avec plus de 1 000 kW de puissance.
Crédit photo : Christophe Barette
Financement par l’Ademe
Jusqu’à fin 2024, l’Ademe orchestrait le soutien de l’Etat à l’acquisition de camions électriques et de stations de recharge, via un dispositif d’appel à projet (AAP). Le corridor ECTN fait partie des projets qui ont bénéficié d’un soutien financier via un AAP en 2023.
« Le corridor ECTN, qui comprend le déploiement de cinq stations de recharge électrique sur le réseau autoroutier exploité par Sanef, a coûté 5 M€ et l’Ademe a contribué à la hauteur de 1,9 M€, dévoile Jérémie Almosni, directeur Villes et Territoires Durables à l’Ademe. L’Agence a ainsi soutenu l’achat de douze camions électriques par Ceva Logistics et cinq points de charge ». 80 % de l’aide a été réparti sur l’achat des camions.
Crédit photo : Christophe Barette
ECTN, les nouveaux relais postaux !
Le concept ECTN a été mis au point par les trois partenaires, l’exploitant Ceva Logistics, le fournisseur d’énergie Engie et le concessionnaire autoroutier Sanef. Le trajet entre Avignon et Lille est découpé en 4 segments, entre Avignon (Vaucluse), Lyon (Rhône), Dijon (Côte-d’Or), Sommesous (Marne) et Lille (Nord).
Deux allers-retours par jour
Chaque camion électrique effectue deux allers-retours par jour entre deux de ces stations relais. Il s’inspire du modèle des relais de poste. Lorsque le conducteur arrive à la station-relais, il décroche la remorque, qui est raccrochée à un camion effectuant le trajet du segment suivant. Le premier recharge à la borne électrique et rentre à son dépôt avec une autre semi chargée.
Segments de 300 km
L’utilisation de camions électriques sur des segments autoroutiers d’environ 300 km permet de contourner les contraintes opérationnelles d’autonomie. En termes logistiques, le modèle ECTN permet un usage maximisé des camions avec un kilométrage annuel doublé comparé aux camions diesel.
Moins de découchés
Avec ce modèle, les chauffeurs n’ont plus à parcourir de longs trajets, effectuant des allers-retours quotidiens. « Ce corridor Avignon-Lille représente une distance de 900 km, souligne Cédric Chacon, directeur Europe Routes et Rail de Ceva Logistics. Avec un conducteur amené à faire un découché, le temps de conduite est de 23 h. Avec ce principe de relai, il est réduit à 17 h. Ce qui permet d’accélérer le transport de marchandises, tandis que le conducteur rentre au dépôt chaque soir ».
Phase de test longue durée
Avant l’inauguration, les trois opérateurs ont réalisé une phase de tests durant seize mois. « Un million de km bas carbone ont été parcourus », précise Cédric Chacon.
Le test a démarré avec 4 camions bioGNC (bio-gaz naturel compressé) opérés par FDE Transports, tractionnaire pour Ceva Logistics. Le dispositif devrait s’élargir à seize camions, dont douze électriques, en accueillant de nouveaux partenaires de transport et chargeurs. À terme, il permettra, cinq jours sur sept, le transport vers le Nord avec huit semi-remorques partis de la zone de chalandise Avignon-Marseille, et à l’inverse vers le sud, de huit autres. Intermarché et Heineken participent à l’expérimentation en tant que chargeurs, en confiant certains de leurs flux logistiques Sud/Nord.
Tour de contrôle
Pour gérer l’orchestration des contraintes liées à la charge à l’essieu, à la coordination des temps de charge des véhicules et de pause des conducteurs, une équipe de Ceva Logistics veille, via une tour de contrôle basée en Île-de-France.
A noter que la station électrique installée sur l’aire de l’A26 est la seule ouverte aux transporteurs extérieurs, les quatre autres points de charge étant répartis dans des locaux appartenant à Ceva Logistics.


