Inflation des carburants : l’OTRE juge insuffisantes les mesures du gouvernement

Que ce soit à la pompe ou en cuve, le gazole est en forte hausse depuis près d'un mois. Photo : Nicolas Grumel

Le 23 mars au soir, le ministre des Transports a annoncé trois mesures destinées à soutenir les petites entreprises victimes de l’inflation des prix des carburants consécutive au conflit au Moyen-Orient. C’est insuffisant, selon l’Organisation des transporteurs routiers européens (OTRE). Le délégué général de la Fédération, Jean-Marc Rivera, s’en explique.

Face à la flambée des prix des carburants, afin de soutenir les entreprises de transport, le gouvernement a annoncé le 23 mars trois mesures destinées à soulager leur trésorerie, dont le report de cotisations sociales. On est loin du compte, répond Jean-Marc Rivera, délégué général de l’OTRE.

Jean-Marc Rivera, délégué général de l’Organisation des Transporteurs Routiers Européens (OTRE). © Christophe Barette

Vous sortez d’une réunion avec le ministre des Transports. Que pensez-vous de ces mesures annoncées par le gouvernement ?

Elles sont largement insuffisantes en regard de l’urgence et de la situation déjà critique dans laquelle se trouvent les entreprises du transport routier. Le report de cotisations sociales et l’étalement des échéances fiscales sont des démarches que les entreprises pouvaient déjà mettre en œuvre sans attendre la validation par le gouvernement. Cela permet de différer les difficultés, pas de traiter les maux profonds. Cela conduit à faire porter sur les entreprises l’essentiel du choc, y compris au prix d’un endettement supplémentaire. Il ne s’agit pas d’un problème de gestion de trésorerie, mais bien d’une explosion soudaine et incontrôlée des coûts d’exploitation. Nous sommes très surpris que certains puissent se satisfaire de ces petites mesures.

L’Espagne, l’Italie, la Grèce et la Suède ont opté pour des allègements fiscaux sur les carburants. C’est le chemin que doit prendre la France ?

L’OTRE persiste à demander, avec la plus grande fermeté, la mise en œuvre immédiate de mesures à la hauteur de l’urgence : une aide forfaitaire par véhicule, sur le modèle de celle instaurée en 2022, afin de compenser une partie des pertes sèches accumulées depuis plusieurs semaines, et une remise ciblée sur le carburant, seule mesure capable de répondre efficacement à la hausse actuelle. Plusieurs pays européens ont opté pour le soutien direct, en baissant le prix du carburant à la pompe ou à la cuve. En France, on laisse les entreprises sans solution, elles sont exposées à une dégradation rapide de leur compétitivité et à une concurrence européenne accrue sur leur propre marché, appelée à s’intensifier sous l’effet des dispositifs d’aide mis en place par nos voisins. C’est inacceptable.

Dans les 48 heures des assemblées se dérouleront dans les organisations régionales de l’OTRE afin de se prononcer sur les suites à donner au mouvement. Quelles sont-elles ?

L’OTRE privilégie le dialogue mais refuse l’inaction. C’est ce que nous faisons depuis plusieurs semaines. Nous réaffirmons que la situation est aujourd’hui plus grave qu’elle ne l’était en 2022, lorsque les entreprises évoluaient encore dans une dynamique portée par la continuité du plan de relance post-Covid.
La crise que nous traversons est d’une gravité exceptionnelle. Elle se traduit par une chute continue de l’activité et par une hécatombe d’entreprises, avec un nombre de défaillances sans précédent. La flambée brutale et inédite des prix des carburants vient aggraver une situation déjà critique. Dans ce contexte, les mesures annoncées par le gouvernement suscitent une profonde incompréhension, mais aussi une colère et un désarroi grandissants dans l’ensemble de la profession. Face à cette situation, nous avons décidé de redonner la parole aux entreprises. Ce sont elles qui décideront des suites à donner à ces propositions inacceptables. Quelque soit leur décision, l’OTRE sera à leur côté, pleinement mobilisée pour défendre leurs intérêts et faire entendre leur voix.

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