Jean-Marc Rivera (OTRE) : « La baisse de la consommation a un effet immédiat sur le transport »

Après la publication du Baromètre trimestriel de l’OTRE, nous avons échangé sur la situation économique du transport routier de marchandises (TRM) en France et sur les conséquences du probable départ du Premier ministre, avec Jean-Marc Rivera, son délégué général. Une analyse sans langue de bois.

Un délégué général dans l'attente de meilleures relations chargeurs-transporteurs

Jean-Marc Rivera est le délégué générale de l’Organisation des Transporteurs Routiers Européens. Il attend de meilleures relations entre chargeurs et transporteurs, qui se matérialiseront par des prix du transport plus en adéquation avec la réalité du marché.
Crédit photo : DR

Dans le Baromètre de l’OTRE du 2e trimestre 2025, l’organisation a constaté que ses adhérents connaissaient une situation économique tendue au second trimestre, avec une trésorerie fragile et un chiffre d’affaires globalement en baisse. Comment analysez-vous cette situation ?

Le secteur du TRM fait face depuis plusieurs années à des défis majeurs. La question de la transition énergétique a été au cœur des préoccupations des entreprises et continue à l’être. Mais, disons-le sans détour, ce sont bien les questions économiques qui prennent le pas dans leurs inquiétudes. Voilà pourquoi la compétitivité des entreprises constitue la priorité actuelle pour l’OTRE.

La relation entre chargeurs et transporteurs est-elle le nœud du problème ?

La négociation commerciale reste une préoccupation majeure. Le marché demeure instable, dans un contexte de forte pression, entretenue par la plupart des donneurs d’ordre qui cherchent à obtenir des baisses de prix alors que de leur côté, les transporteurs attendent des hausses nécessaires à maintenir leur pérennité. Les négociations de 2025 n’ont pas permis de répercuter les hausses de coûts constatées en 2024. Les conditions d’exécution des contrats de sous-traitance sont de plus en plus pointées du doigt. Certains grands donneurs d’ordre osent tout.

Pouvez-vous donner des exemples ?

Dernièrement, l’un d’entre eux a imposé une baisse de 2,5 % sur les tarifs de base négociés, applicable dès le 1er juillet 2025, par un mail diffusé une semaine avant à l’ensemble de ses transporteurs sous-traitants. Cet exemple démontre la très forte pression que peuvent subir nos entreprises et la brutalité des méthodes employées Devant de telles situations, que nous estimons scandaleuses, nous n’hésitons pas à avertir la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF).

Autre point négatif relevé dans ce baromètre, l’investissement est en berne. C’est pourtant en partie par l’innovation que les entreprises peuvent gagner des points de croissance…

Les marges nettes particulièrement faibles des PME du secteur constituent un frein évident à l’investissement. L’avenir de nos PME passe par les questions de souveraineté, de compétitivité et de répartition de la valeur. Cela signifie une juste revalorisation des opérations de transport. Il s’agit là d’une autre priorité forte pour l’OTRE. Nous portons depuis de nombreux mois des propositions très concrètes.

Pouvez-vous nous rappeler ces propositions ? 

Certains opposants les considèrent comme accessoires mais pour notre part, nous considérons qu’elles sont essentielles :

  • mieux réprimer les pratiques liées aux prix abusivement bas ;
  • mieux encadrer l’exécution des opérations de sous-traitance ;
  • garantir la transparence des prix proposés par les bourses de frêt ;
  • renforcer par la loi l’application du pied de facture, notamment en interdisant les clauses tunnel ;
  • réglementer les conditions de gestion des palettes ;
  • mieux encadrer les temps d’attente chez les clients et les indemniser systématiquement en cas de dépassement ;
  • encadrer les conditions d’exécution des opérations de chargement et déchargement.

Ces mesures ne coûteraient rien aux finances publiques mais aideraient nos PME. Elles nécessitent toutefois des évolutions législatives.

Comment les faire avancer dans le contexte d’incertitude politique actuel en France ?

Nous sommes conscients que la situation politique actuelle n’est pas idéale. Mais nous sommes patients et demeurons déterminés à les faire aboutir. Dans l’immédiat et comme nous le faisons chaque année à l’approche des négociations autour du Projet de Loi de Finances (PLF) et du Projet de loi de financement de la sécurité sociale, nous agissons par tous les canaux possibles afin qu’aucune mesure de réduction du remboursement partiel de la TICPE pour le transport routier ne soit inscrite dans le PLF 2026, ni dans les suivants. Plus globalement, nous martelons à toute la sphère politique qu’aucune nouvelle fiscalité susceptible d’affecter la compétitivité des entreprises françaises du TRM ne doit être envisagée. Les écotaxes régionales, les péages urbains et toute autre velléité de fiscalité nouvelle impactant les entreprises constituent des pistes qu’il faut proscrire.

Points positifs cependant, le moral des entrepreneurs repart à la hausse et le niveau d’activité s’améliore au second trimestre…

Notre baromètre d’opinion indique que 44,3 % des chefs d’entreprise avait un moral en baisse au 1er trimestre 2025. Ils ne sont plus que 17,7 % au second trimestre. C’est une amélioration. Cela démontre avant tout la grande résilience dont font preuve nos PME malgré la conjoncture défavorable depuis plusieurs années.

Le 8 septembre, sauf coup de théâtre, François Bayrou devrait quitter Matignon. L’économie n’aime pas l’instabilité politique. Comment les entreprises du TRM sont-elles impactées par cette incertitude sur l’action gouvernementale ?

L’instabilité politique a des répercussions profondes sur l’économie du pays et donc sur les entreprises. Elle se cumule avec les conséquences des conflits internationaux en cours, les droits de douane américains, etc. Cette instabilité accentue l’inquiétude des ménages, la chute de moral se traduisant par une baisse de la consommation. Celle-ci a un effet immédiat sur le transport routier. Elle entraine une diminution de la demande de transport, une baisse de chiffre d’affaires des entreprises et une pression accrue sur les prix, sans oublier un frein sur les investissements. Nous appelons les dirigeants politiques à la responsabilité.

Socialement, la colère monte avec le mouvement Bloquons tout le 10 septembre, tandis que les organisations syndicales de salariés appellent, le 18 septembre, à une mobilisation massive. Quelle réponse donner aux salariés ?

Tout bloquer ! Voilà ce qu’il faut faire, si l’on veut définitivement tuer des entreprises déjà fortement fragilisées… Sans entreprise, il n’y a ni emplois, ni prospérité, ni cohésion sociale dans les territoires.

Fil d'actualité