Le marché français du poids lourd a connu un net ralentissement au premier semestre 2025. Après une année 2024 stabilisée à un niveau historiquement élevé mais marquée par un creux des commandes, la baisse est désormais visible dans les chiffres. Selon le dernier point semestriel de la Chambre syndicale des importateurs automobiles et véhicules industriels (CSIAM), entre janvier et août 2025 les immatriculations de poids lourds de plus de 7,5 t ont reculé de 16,8 %, tombant à 27 105 unités contre 32 520 un an plus tôt (données AAA).
Conjoncture défavorable
Cette évolution traduit un contexte conjoncturel moins favorable, mais également une recomposition progressive de la demande autour de nouvelles motorisations. La baisse touche l’ensemble des segments, mais de manière contrastée.
Repli marqué des tracteurs routiers
Les tracteurs routiers, qui avaient porté la dynamique de reprise ces dernières années, enregistrent le repli le plus marqué avec 14 128 immatriculations, soit une chute de 21,2 % par rapport à 2024.
Crédit photo : Scania
Recul aussi des porteurs
Les porteurs s’en sortent un peu mieux, avec 12 977 unités sur la période, mais restent en recul de 11 %. « Cet écart reflète à la fois la faiblesse des carnets de commande de la fin 2024 pour les tracteurs et l’impact des délais de carrossage, traditionnellement plus longs sur les porteurs », rapporte la CSIAM.
Le diesel sous les 90 %
Sur le plan énergétique, le gazole demeure ultra-dominant mais sa suprématie s’effrite. Entre janvier et août 2025, les motorisations diesel représentent encore 88,3 % des immatriculations, contre 90 % un an plus tôt.
Crédit photo : CSIAM – AAA
La part des carburants alternatifs atteint désormais 11,7 %, confirmant une tendance de fond à la diversification :
- le biocarburants B100 exclusif s’installe avec 6,1 % du marché sur les huit premiers mois (6 % même période en 2024),
- le gaz naturel progresse également à 3,7 % (vs 3 % en 2024),
- tandis que l’électrique réalise la percée la plus notable.
Percée de l’électrique
Avec 505 unités immatriculées sur huit mois, les poids lourds à batteries doublent pratiquement leur présence, en hausse de 65 % par rapport à 2024. Leur part de marché passe (PDM) de 1,2 % à 1,9 %, preuve d’une offre qui s’élargit et d’un intérêt croissant des transporteurs pour cette solution. Preuve aussi que le dispositif de soutien CEE, plus simple que les appels à projets, fonctionne.
Crédit photo : CSIAM
Domination des porteurs
Dans le détail, ce sont les porteurs qui dominent le segment électrique avec 335 immatriculations, en progression de 60 % sur un an. Les tracteurs routiers électriques, longtemps à la traîne, affichent la dynamique la plus spectaculaire : 170 immatriculations entre janvier et août, soit une hausse de 75 % par rapport à la même période de 2024.
Crédit photo : Volvo Trucks
Accélération… progressive
Ces chiffres témoignent d’une diffusion encore limitée en volume mais qui s’accélère, notamment grâce à l’arrivée sur le marché de modèles plus adaptés aux longues distances et aux usages intensifs. Cette montée en puissance reste toutefois modeste au regard des attentes : en début d’année, les constructeurs tablaient sur un marché de 1 000 à 1 500 camions électriques. Mais le ralentissement économique et la remise en cause des ZFE ne plaide pas pour une accélération des commandes. Rappelons qu’en 2030 il faudra 46 % d’immatriculations de camions électriques pour satisfaire les objectifs fixés en matière de décarbonation.
Crédit photo : Nicolas Grumel
Les industriels ne sont pas inquiets
Pour les importateurs de poids lourds, ce ralentissement des ventes en France mérite d’être attentif, mais ne les inquiète pas : entre 2019 et 2024 le marché a connu des chiffres d’immatriculations historiquement élevés et cette baisse est un retour à la normale. Cela permettra notamment de réduire les délais entre la commande et l’immatriculation, notamment pour les porteurs carrossés.
Ils notent toutefois que les ventes sont très fluctuantes, et aimeraient une visibilité à plus long terme. « Le marché de 2024 n’était pas celui de 2023, celui de 2025 ne sera pas celui de 2024… La visibilité est floue, on doit être le plus réactif possible », indiquait récemment Franck Rondot, directeur général de Daf Trucks France.
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