Aucune augmentation, voilà où en sont cette année les négociations annuelles obligatoires (NAO) entre partenaires sociaux, destinées à la revalorisation des salaires minima dans la branche du TRM. La dernière réunion en date, le 6 février, n’a pas été plus fructueuse que les deux précédentes.
Certains syndicats d’employés demandaient +3,5 % sur l’ensemble des coefficients et des taux horaires mais les représentants des organisations patronales OTRE, FNTR et Union TLF ont affirmé avoir reçu mandat de leurs adhérents pour refuser toute augmentation.
Conjoncture défavorable. La raison ? Une conjoncture défavorable avec une baisse avérée de l’activité de fret depuis le milieu de l’année 2024, des coûts de structure qui se sont envolés depuis 2022 et la forte inflation notamment sur les prix de l’énergie, ou encore la transition énergétique qui aboutit à une hausse du matériel roulant.
Effet dissuasif. « Le secteur du transport routier souffre déjà d’une pénurie de conducteurs, note Patrice Clos, délégué général de la fédération FO transports. Un gel des salaires aggravera cette situation en dissuadant les jeunes générations de s’orienter vers ce métier et en poussant les conducteurs expérimentés à quitter le secteur ».
Rien que pour le métier de conducteur routier, pour les coefficients correspondant à une première expérience, les taux horaires sont proches du Smic et, si celui-ci venait à augmenter en 2025, certains pourraient même être inférieurs.
Paliers supplémentaires. Les syndicats ont porté des propositions qui n’ont pour l’instant pas été acceptées par les représentants patronaux : « Au-delà des revalorisations de salaires, nous demandons à revoir les grilles pour créer des paliers supplémentaires en rapport avec l’ancienneté professionnelle, explique Khalid Ezzarhouni, délégué syndical de la CGT Transports. Aujourd’hui, un ouvrier ayant 15 ans d’ancienneté dans une entreprise atteint un plafond de 8 % de revalorisation automatique. Nous proposons de rajouter un palier de 20 ans avec une revalorisation de 10 %, un de 25 ans à 12 % et un de 30 ans à 14 %. L’employeur s’y retrouve car il conserve les conducteurs d’expérience ». Autre proposition, créer un palier supplémentaire dans le cadre du travail de nuit. « Cela permettrait de relancer l’attractivité du secteur », estime Khalid Ezzarhouni. Les représentants patronaux n’y sont pas favorables, de même qu’ils rejettent toute négociation sur un treizième mois conventionnel.
Légère augmentation du remboursement des frais de route. « Lors de la dernière réunion le 6 février, les organisations professionnelles ont simplement ouvert la négociation sur les frais de déplacement, qui seraient augmentés de 1,5 % », précise le délégué CGT Transports. Les syndicats opposent à cela que les frais de déplacement, ce n’est pas du salaire. Et ils ne comptent pas dans le calcul de la retraite. « Dans quelques années, de nombreux conducteurs routiers vont quitter la profession, rattrapés par la limite d’âge, prédit un observateur. Les entreprises de transport devront composer avec une pénurie qui s’annonce forcément croissante ».
Les partenaires sociaux doivent se réunir début mars pour une ultime réunion dans le cadre de ces NAO. Les syndicats regrettent déjà cette année blanche pour les salaires du TRM, et avertissent : « si rien ne bouge, nous prendrons nos responsabilités ».