Prix du gazole : « pour quelle raison la hausse arrive aussi rapidement à la pompe ? »

Prix du gazole : "Pour quelle raison la hausse arrive aussi rapidement ?"

Dix jours après le début de la guerre en Iran, le prix du pétrole s'envole, jusqu'à flirter avec les 100 dollars le baril, ce qui n'est pas surprenant étant donné que l'Iran bloque le détroit d'Ormuz, par lequel transite une partie de la flotte maritime d'approvisionnement, notamment en Europe.

En revanche, il est plus surprenant de constater que la guerre a eu une répercussion quasi-immédiate sur le prix du gazole, y compris le gazole professionnel, que ce soit en cuve ou à la pompe, comme l'a noté le Comité national routier (CNR) dans un communiqué publié le 9 mars.

Dans cette interview, Jean-Marc Rivera, délégué général de l'OTRE, s’interroge sur cette répercussion brutale, et souhaite que le gouvernement prenne des mesures d'accompagnement pour les transporteurs, comme cela avait été le cas en 2022 lors de la flambée des prix des énergies due à la guerre en Ukraine.

Depuis dix jours, le prix du gazole professionnel connaît une forte inflation. Les transporteurs adhérents de l'OTRE confirment-ils cette tendance ?

Effectivement nous constatons une augmentation de plusieurs dizaines de centimes sur le litre de gazole, notamment à la pompe. Les transporteurs s'interrogent, et expriment leur incompréhension face à une hausse aussi rapide. C'est violent. Surtout que les fournisseurs de carburant expliquent qu'ils n'ont pas de visibilité sur un éventuel retour à une stabilité des prix. Pourtant, le carburant actuellement commercialisé était déjà en leur possession avant le déclenchement du conflit. Entendre les pétroliers nous dire qu’ils anticipent les surcoûts interroge. Cette répercussion est très mal vécue car incomprise.

Que pensez-vous du comportement des usagers qui se ruent sur les stations-services ?

Effectivement, nous avons constaté une surconsommation à la pompe. Nous espérons qu’elle ait été ponctuelle car elle a créé des difficultés d’approvisionnement pour les professionnels du transport, chez certains distributeurs en particulier. Aujourd’hui, lorsque les transporteurs commandent du carburant, ils n’ont pas de visibilité, notamment sur les prix, ce qui revient à faire un chèque en blanc. Parfois ils sont même limités en quantité livrée, avec des délais de livraison incertains.

Nous avons demandé au CNR de disposer des indices de suivi des carburants au rythme hebdomadaire.

Les transporteurs peuvent-ils répercuter le surcoût en pied de facture ?

Oui, mais la répercussion n’intervient qu’a posteriori. Entre le moment où le transporteur achète le carburant et le moment où il répercute le surcoût, il y a un délai, dans le meilleur des cas de 30 jours, 2 mois et demi selon nos adhérents, ce qui va, dans ce contexte inflationniste, générer des tensions de trésorerie, d’autant plus que les entreprises de transport sont confrontées à des retards de paiement récurrents et importants.

Quels conseils donnez-vous aux transporteurs ?

Les conseils sont limités. La seule clé dont disposent les transporteurs, c’est de répercuter ces hausses en pied de facture. Après, nous avons alerté Roland Lescure, le ministre de l'Économie, ainsi que le ministre en charge des Transports, Philippe Tabarot, sur la situation et les risques pour les TPE et PME d’une situation qui deviendrait très préoccupante si elle durait. C’est la raison pour laquelle nous leur avons rappelé qu’une aide à la pompe avait été faite entre avril et décembre 2022. Nous demandons que cette mesure soit rapidement envisagée si les prix restent à ce niveau d’une façon durable.

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