Renault Trucks France clôture l’année 2024 avec une hausse de près de 10 % de ses immatriculations de camions de plus de 6 t, atteignant 14 452 véhicules sur un marché stable de 48 472 unités. La marque au losange, qui appartient au groupe Volvo Trucks, confirme sa position de leader. « Nous sommes à 30 % de PDM, nous avons gagné trois points en un an, dont un point qui vient de l’électrification », se réjouissait Christophe Martin, DG de Renault Trucks France, le 27 février à Paris.
Sur la route de l’électrification
« Sur les 670 camions électriques immatriculés en 2024 en France, 510 sont des Renault Trucks, poursuit Christophe Martin. Nous enregistrons déjà un parc de 1 000 camions électriques en circulation, qui ont parcouru 20 millions de km. La part de l’électricité s’élève à 3,5 % des ventes chez Renault, quand elle est à 1,5 % sur l’ensemble du marché ». Le DG estime que ces chiffres valident la stratégie de l’électrification développée en interne.
Très bientôt, le constructeur sera en mesure de compléter son offre de véhicules utilitaires électriques, déjà la plus large du marché, par un tracteur Renault T E-Tech 44 t disposant de 600 km d’autonomie. Il est équipé d’un essieu à motorisation électrique développé au sein du groupe Volvo Trucks.
Renault en appelle aux aides
Même si ces résultats sont bons, ils ne sont pas suffisants, car tout constructeur de camions voit poindre les échéances européennes Vecto. Celle de fin 2025 (15 % de réduction d’émissions de CO2 en 2025 par rapport à 2019) sera franchie par Renault. Mais pour 2030 (45 % de réduction par rapport à 2019), c’est moins évident. « En 2030 nous n’atteindrons pas 50 % de camions électriques vendus comme on le projetait, nous visons désormais 30 %, ce qui équivaut à 14 000 immatriculations en Europe et environ 6 000 en France », annonce Christophe Martin. Le constructeur va également élargir sa gamme de véhicules zéro émission en intégrant la distribution des utilitaires Flexis.
Mais pour Christophe Martin, il n’est pas question de remettre en cause ces objectifs Vecto : « Ce serait injuste vis-à-vis des constructeurs qui ont fait des efforts financiers considérables. Nous avons besoin d’aide de la part de tous les acteurs du secteur. Il faut pousser les chargeurs à s’équiper. Je vois une certaine vertu à ce que TotalEnergies contribue à la transition via les CEE ».
Des CEE bienvenus
Ce fut la très bonne nouvelle du début d’année pour les constructeurs : l’instauration par le gouvernement d’aides à l’achat de camions zéro émission sous forme de CEE en remplacement des appels à projet trop complexes. Mais Christophe Martin veut aller plus loin : « Je suis favorable à ce qu’on impose aux collectivités d’utiliser des véhicules électriques ». Car le paradoxe est que les ventes de camions gasoil financent toujours celles de l’électrique, vraisemblablement pour de longues années encore.
Biocarburants de transition
L’industriel français est également bien placé sur les immatriculations de camions circulant avec du biocarburant B100 exclusif : 2 000 véhicules Renault de ce type ont été immatriculés en 2024, le constructeur atteignant 60 % de PDM. Mais Christophe Martin n’y voit qu’une solution de transition à moyen terme, craignant qu’elle n’empiète sur la transition directe vers le camion électrique, notamment dans le transport de marchandises longue distance.
Morosité en 2025
L’avenir à court terme n’incite pas à l’optimisme. Le DG de Renault Trucks France s’attend à une baisse des immatriculations globales en 2025 : « A mi-février, le marché a déjà dévissé de 15 %. Les tracteurs plongent de 30 %. Les indicateurs ne sont pas bons, avec un contexte politique imprévisible, des défaillances d’entreprise et des coûts d’exploitation en hausse chez les transporteurs ». Néanmoins, tout à sa stratégie électrique, Renault espère pouvoir immatriculer 900 camions à prise cette année. « Nous ne sommes pas encore à la parité économique mais la transition énergétique se met en place, conclut Christophe Martin. C’est une révolution culturelle et humaine ».