« Restos routiers », un livre de photos à dévorer à l’heure du repas

Dans la lignée de « Buvettes » et de « Rades », le photographe documentaliste Guillaume Blot livre un troisième tome autour des lieux populaires : « Restos routiers ». Pendant six ans, avec un boîtier et un flash, il s’est plongé dans le quotidien des relais routiers. Il en résulte un bel ouvrage contenant près de 200 photos, à la fois humoristiques et d’une humanité touchante. Ce travail valorise ces lieux de partage qui ferment les uns après les autres, mais aussi le monde du transport routier. Entretien avec l’auteur.

Portrait de Guillaume Blot par Eve Campestrin

Guillaume Blot, photographe et auteur du livre « Restos routiers ».
Crédit photo : Eve Campestrin

« Restos routiers » est-il la suite de vos précédents ouvrages photographiques ?

Il y a un fil rouge à travers « Buvettes », « Rades », et « Restos routiers ». J’aime passer du temps dans ces lieux où l’ambiance est chaleureuse et familiale, où la vie est haute en couleur, où l’on peut parler à son voisin, à sa voisine. Ce sont des lieux de haute sociabilité où j’ai écouté, échangé et pu rapporter des histoires entendues.

Avant de vous y plonger, connaissiez-vous l’univers du transport routier de marchandises ?

Pas autant qu’un professionnel. En 2022, j’ai réalisé un reportage pour le quotidien Le Monde sur cet univers du transport. J’ai suivi deux conductrices routières entre Anvers (Belgique) et Beaune (Côte-d’Or). L’occasion d’un regard au féminin. J’ai lu et adoré le livre « Routiers » de Jean-Claude Raspiengeas, qui fut aussi un documentaire télé et raconte le quotidien des conducteurs. Ce travail journalistique m’a beaucoup marqué. Les expériences vécues m’ont fait prendre conscience de l’activité de ces forçats de la route.

 

Pendant 6 ans, avez-vous réellement poussé la porte de près de 130 relais routiers ?

Le projet s’est construit avec un ensemble d’errances et de recommandations. Je suis parti sur les routes nationales de France au volant de mon van, à la rencontre de cet univers. Je regardais suivais une appli pour m’orienter vers les restaurants afin de déjeuner et discuter. Au fur et à mesure des rencontres avec les conducteurs, ils me recommandaient des endroits à photographier.

A quel moment sentiez-vous que vous pouviez sortir l’appareil photo ?

Une fois sur le parking, je prenais mon sac à dos avec le boîtier dedans. Je m’installais au comptoir. Je ne me présentais pas comme photographe en premier lieu, je ne sortais pas l’appareil tout de suite. Cela me permettait de me fondre dans le décor. Une fois celui-ci imprégné, la discussion commençait et au bout d’un certain temps, j’expliquais ma démarche de documentation sur la France des relais routiers. Je proposais aux clients ou restaurateurs de réaliser un portrait, de capter une scène de vie, un détail. J’étais souvent impressionné par les décors. Ces prises de vue procuraient des moments joyeux, de jolis échanges. Je leur donnais après les images systématiquement.

Quelles ont été les réactions des portraitisés ?

En premier lieu, la surprise, car ce ne sont pas en général des personnes médiatisées ou alors pour de mauvaises raisons. Les conducteurs sont souvent pointés du doigt. Nous voulons des livraisons en 24 h mais pas les camions qui prennent de la place sur les routes, dans nos centres-villes et qui polluent !

Je me suis intéressé au quotidien, à la vie des conducteurs et des restaurateurs ainsi qu’aux ambiances. Beaucoup étaient surpris car ils trouvaient que ces espaces n’étaient pas forcément photogéniques. Une fois cette surprise passée, chacun était content de participer.

Un regard décalé : à table dans les restos routiers, par Guillaume Blot

Petits plaisirs sucrés ou moment de détente pendant le repas, Guillaume Blot invite les lecteurs à l’évasion avec un regard décalé.
Crédit photo : Guillaume Blot

Vos clichés sont presque intemporels, est-ce voulu ?

J’ai parfois trouvé des espaces figés dans le temps, pour certains il est même difficile de les situer. Des lieux sont restés sans travaux pendant des années, ce qui ajoute une âme supplémentaire et laisse l’empreinte des gens qui y sont passés. Ces espaces sont remplis de souvenirs. Je me suis donc attardé sur la beauté d’un carrelage travaillé par le temps, la patine, des traces sur un comptoir, un baby à l’ancienne ou des posters des idoles d’une autre époque.

Vos photos sont empruntes d’humanisme. Assumez-vous une filiation avec des photographes comme Willy Ronis ou Robert Doisneau ?

Ces deux photographes ont influencé mon travail comme d’autres confrères, consœurs de différentes générations.

Avec quel type de boîtier travaillez-vous et pourquoi utilisez-vous le flash ?

J’utilise deux appareils moyen format, un boîtier argentique Mamiya 645 pro TL et un Fujifilm GFX 100s numérique dotés d’une optique de 55 mm et de 60 mm en focale fixe, afin d’avoir une qualité d’image optimale et de reproduire le regard humain. L’utilisation du flash, sans mauvais jeu de mots, c’est pour mettre en lumière les personnes et les endroits. Ce procédé permet de réhausser les couleurs. J’ai aussi réalisé des photos avec la lumière naturelle.

Votre regard sur le TRM a-t-il changé après ce travail artistique ?

Il est encore plus tendre que celui que j’avais avant. Je l’ai côtoyé durant de nombreux repas, de nombreux repos. J’ai eu de longues discussions, des amitiés sont nées avec certaines et certains, cela n’a fait que renforcer mon respect pour ces forçats de la route qui passent tout ce temps sur le bitume. En quelque sorte, j’ai mis des visages sur les avant-bras que l’on croise sur la route.

Après 127 repas pris dans les relais routiers, vous nous conseillez quoi pour ce midi ou ce soir ?

Cela pourrait être une entrée surimi mélangée à de la macédoine au restaurant Le Torpedo (Aisne) ; pour le plat de résistance, nous partons en Seine-et-Marne au Petit Périchois pour sa fameuse tête de veau ; en dessert direction les Deux-Sèvres et le restaurant Les Pyramides, pour déguster des biscuits Oréo.

Un plat légendaire qu'on sert dans les routiers

La tête de veau, un plat légendaire des routiers, est aussi l’un des préférés de Guillaume Blot, l’auteur du livre photo « Restos Routiers ».
Crédit photo : Guillaume Blot

« Restos Routiers », par Guillaume Blot ; éditions Gallimard loisirs ; 184 pages ; prix indicatif : 28 €.

Johnny, fan de western, fait la couverture des "restos routiers"

Johnny, fan de western rencontré au relais Le Tarin (La Bâthie, 73) fait la couverture du livre de Guillaume Blot « Restos routiers ».
Crédit photo : Guillaume Blot


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« Road Master », un jeu de société sur le transport routier

 


Expo photo à Marseille

« Restos Routiers » se décline également en une exposition photo. Si vous passez du côté de Marseille, rendez-vous à la galerie Faces jusqu’au 31 janvier 2026 afin de découvrir ces instants de vie capturés.

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