Station-service multiénergies : un investissement conséquent pour AS 24

Le distributeur AS 24 vient d’inaugurer une station-service multiénergies dédiée aux poids lourds. Philippe Callejon, son président, a répondu aux questions de France Routes lors de l’événement, le 14 mai au Plessis-Pâté (Essonne), et nous en dit plus sur l’investissement que représente l’infrastructure.

Le président d'AS 24, Philippe Callejon présente l'offre électrique

Le président d’AS 24, Philippe Callejon, annonce que son réseau est prêt pour le ravitaillement en électricité des camions.
Crédit photo : Nicolas Grumel

Quel type de carburant est distribué, ici au Plessis-Pâté ?

Nous fournissons du gasoil classique, de l’AdBlue et du gasoil non routier (GNR) pour les groupes frigo, ainsi que du biogaz naturel comprimé (bioGNC) avec un certificat de garantie d’origine. Sont également installées plusieurs pompes de HVO 100, biocarburant de synthèse produit à partir d’huiles usagées. Et à l’écart, nos clients disposent de trois bornes de recharge électrique rapide pour poids lourds d’une puissance de 400 kW.

Station AS 24 mutiénergies : du HVO 100 à la pompe

Le biocarburant HVO 100 est disponible à la pompe dans la station multiénergies pour camions AS 24 du Plessis-Pâté (Essonne). Il est possible d’en distribuer en station en France depuis l’année dernière.
Crédit photo : Nicolas Grumel

Vous expliquiez lors de l’inauguration avoir rencontré plusieurs difficultés inédites pour construire cette station-service. Lesquelles ?

La première, c’est la surface de foncier : pour pouvoir distribuer toutes ces énergies il faut de la place. Chaque énergie nécessite une piste et des points de distribution différents. Le gaz nécessite l’installation d’un compresseur, les bornes électriques, celle d’un transformateur.

Quelle est l’emprise au sol de cette infrastructure ?

Entre 6 000 et 7 000 m2. C’est le minimum. Vous le constatez, ici au Plessis-Pâté en grande région parisienne, nous avons peu de capacités d’extension. On anticipe déjà les risques de saturation.

D’autres challenges inédits se sont présentés à votre équipe ?

Il s’agit de faire cohabiter toutes ces énergies. Nous avons réfléchi au design de l’installation mais aussi, et surtout, aux risques engendrés par la cohabitation entre ces énergies. Vous le comprendrez, en phase d’exploitation les règles de sécurité sont multiples.

Parlons chiffres : quel est le montant de l’investissement dans cette plateforme de distribution, et à quelle échéance sera-t-elle rentable ?

Nous l’estimons entre 3 et 4 millions d’euros, hors foncier. Vous touchez du doigt ce qui est sans doute la difficulté principale : nous sommes confrontés au problème de l’œuf et de la poule. La station est fiabilisée mais désormais, il faut des clients. Une partie de l’investissement se fait à très long terme. Cependant, le principe de la distribution de plusieurs énergies présente un avantage : les carburants traditionnels ont déjà leur propre clientèle. Cela permet, en quelque sorte, de mutualiser le risque lié aux investissements sur les nouveaux carburants.

Avez-vous bénéficié d’aides de l’Etat ou de collectivités territoriales ?

Sur cette première infrastructure, cela aurait été trop contraignant. Nous le ferons peut-être dans une seconde phase, lors de l’installation d’autres stations uniquement électriques.

Quel fournisseur de bornes électriques avez-vous choisi ?

Ce sont des bornes Alpitronic. L’enjeu premier avec la filière du transport routier, c’est la fiabilité. Les transporteurs veulent être certains de pouvoir recharger quand ils en ont besoin, comme ils voulaient être sûrs d’avoir du diesel ou du GNC.

Station AS 24 du Plessis-Pâté : bornes Alpitronic

Trois bornes Alpitronic d’une puissance de 400 kW ont été installées pour la recharge électrique des camions, au Plessis-Pâté dans la station multiénergies AS 24. Elles sont équipées d’une prise CCS 2.
Crédit photo : Nicolas Grumel

On met plus de temps à recharger un camion électrique par rapport à un diesel. Avez-vous envisagé des installations destinées au confort du conducteur durant l’attente ?

Nous sommes limités par le foncier, et donc par la fluidité de circulation sur le site. Si on met trop d’installation à disposition, les clients vont rester et ceux qui attendront ne seront pas satisfaits. Nous restons dans la force du modèle économique d’AS 24, la simplicité. L’essentiel pour le transporteur, c’est le ravitaillement.

Combien de stations électriques compte désormais le réseau AS 24 ?

Nous en mettons trois à disposition des clients : ici, à Reims (Marne) et à Phalsbourg (Moselle). Dans cette dernière, d’ici à l’été, nous ouvrirons une borne MCS (megawatt charging system) d’une puissance de 1 000 kW. Mais à ce jour, très peu de camions sont en mesure d’utiliser pleinement la puissance du MCS. Nous anticipons le futur. Cela étant, la borne permet de charger en prise CCS ou en prise MCS.

Et à l’horizon 2030, ce réseau comptera combien de points de distribution d’électricité pour camions ?

À horizon 2030, nous mettrons en service entre 50 et 70 stations, qui seront soit multiénergies, soit 100 % électriques. Avec l’objectif de pouvoir installer plus de bornes dans chacune en fonction du développement du camion électrique.

Pour en savoir plus sur la station-service multiénergie, sa localisation et la carte Charge+ Truck, cliquez sur ce lien.

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