Stéphane Espinasse, nous sommes à Madrid (Espagne) dans le site de Pegaso, ancien constructeur ibère racheté par Iveco Group dans les années 90. Iveco est aujourd’hui un constructeur mondial mais avec un chiffre d’affaires majoritairement européen, le confirmez-vous ?
Le chiffre d’affaires est en grande partie réalisé en Europe, mais aussi en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie. Historiquement, nous sommes un regroupement de marques européennes (italienne avec Fiat, Lancia, et OM, française avec Unic et allemande avec Magirus). Dans les années 90, Iveco a repris la marque Pegaso. Cette marque est née en 1946 pour la reconstruction de l’Espagne. Elle produisait des camions et des bus. L’usine dans laquelle nous sommes aujourd’hui a été inaugurée en 1953.
Crédit photo : Christophe Barette
Design, moteur, et services, pour ses 50 ans, Iveco monte en gamme ?
Exactement ! Nous avons profité de l’évolution réglementaire européenne GSR 2 en juillet 2024 pour renouveler l’ensemble de la gamme, et c’est la première fois que cela se produit chez Iveco. Elle est aujourd’hui très large, alors que nous avions l’habitude de la renouveler par secteur. Là, nos actionnaires ont décidé de frapper un grand coup en avançant sur le véhicule utilitaire Daily, les camions Eurocargo, S-Way, X-Way, et T-Way… Sur la gamme Way, nous avons complété en 2024 les innovations à l’intérieur de la cabine et pas mal d’autres éléments. Le nerf de la guerre c’était aussi ce nouveau moteur xC13 qui permet de continuer à réduire la consommation, d’un peu plus de 10 %, tout en améliorant le couple et les performances. Réduire la consommation c’est aussi réduire les émissions polluantes.
L’organisme allemand de contrôle, le TüV nous a certifié ce gain. Par rapport aux véhicules actuellement en circulation, nous nous attendons à des gains plus proches de 14 % voire 15 %, car aujourd’hui toutes les fonction éco du S-Way sont de série, un gain que d’ailleurs les clients découvrent aujourd’hui sur le terrain.
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Iveco, ce n’est pas une marque qui fait forcément rêver, comment cependant affirmer votre identité et votre montée en gamme ?
C’est très simple, c’est avec l’évolution de la cabine plus confortable, spacieuse, l’évolution du moteur que nous allons pouvoir toucher les premiers prescripteurs, les conducteurs. Lorsqu’ils sont contents ou pas, ils le font très vite savoir. Nous avons tout fait pour que le conducteur se sente bien dans nos camions et mieux que dans les camions de nos concurrents. Les retours que nous avons confirment que nous sommes bien dans la bonne direction.
En part de marché, Iveco est autour de 9 % en Europe, quel sont les objectifs du groupe pour les mois à venir ?
Notre objectif c’est de continuer à progresser, nous misons sur le confort pour les conducteurs, l’aspect TCO pour les entrepreneurs. Notre gamme est la plus large du marché. Nous travaillons également sur des marchés de niches. Nous sommes en train d’étendre notre palette sur les énergies alternatives au diesel. Nous sommes convaincus que tout cela va nous aider à faire grossir notre part de marché.
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En termes de services, là aussi, Iveco avance sur les données et la connectivité des véhicules, qu’en est-il exactement ?
Nous nous appuyons sur un réseau de plus de 200 points de vente et de services, c’est le 2e réseau sur les véhicules industriels en France. Nous avons beaucoup investi dans le Campus Iveco, notre centre de formation à Trappes (Yvelines). Nous sommes en train de développer toute une palette de services sur les données. Nous investissons sur des ressources que nous allons dédier à l’analyse de ces données et aux échanges que nous pouvons avoir avec nos concessionnaires et même directement nos clients afin d’offrir un meilleur confort aux conducteurs, et gagner en temps d’immobilisation des véhicules pour l’entretien. Aujourd’hui 19 000 véhicules Iveco sont connectés en France, d’ici 2030 ce sera 120 000. La vie des gestionnaires de flottes, et celle des constructeurs et des concessionnaires sera totalement changée.
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En ce qui concerne les moteurs, pourquoi avoir rationalisé l’offre ?
Oui, nous avons supprimé le moteur 11 l. Nous avons gardé les 9 et 13 l, dans lesquels nous avons beaucoup investi pour répondre à toutes les missions. Et le xC13 est meilleur que le C11 sur tous les terrains : consommation, poids, durabilité, compatibilité avec toutes les missions.
Nous parlons beaucoup alternative, mais cette offre que vous décrivez est toujours orientée diesel…
C’est ce que nous demandent la majorité de nos clients aujourd’hui. Nous avons l’obligation de réduire les émissions d’au moins 40 % d’ici à 2030. Pour y arriver, nous devons avancer avec les différentes énergies alternatives disponibles, incluant l’électrique et le biogaz. Nous devons également réduire la consommation, et donc les émissions, des véhicules diesel.
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Iveco a annoncé une centaine de millions d’euros d’investissement dans le cadre de Choose France, où seront-ils réalisés ?
Ils seront consacrés au site de production d’autobus situé à Annonay (Ardèche), pour assurer l’activité batterie et électrique qui va passer de 7 à 12 unités. Iveco investit fortement dans l’électrique mais aussi dans l’hydrogène.
Le groupe Iveco dans 50 ans, vous le voyez comment ?
Toujours agile ! Le site dans lequel nous sommes a plus de 70 ans et pourtant, les dernières technologies sont présentes. Il faudra donc continuer à s’adapter, innover ce qui fait partie de l’ADN d’Iveco. Nous avons plus de 6 000 brevets actifs. Nous sommes convaincus que nous serons encore là. Nous avons des actionnaires qui croient en nous et dans les produits que nous proposons.



