Enorme actu dans l’industrie du camion : le 19 mai, le constructeur chinois Windrose annonçait devant Emmanuel Macron, dans le cadre du projet Choose France, un investissement de 175 millions d’euros pour l’implantation d’une usine d’assemblage de camions électriques à Onnaing, à proximité de Valenciennes dans le département du Nord.
Après le président de la République, c’était au tour de Xavier Bertrand, président de la région des Hauts-de-France, de se mettre au volant. Trois jours plus tard, l’un des prototypes était exposé au Grand-Prix du Castellet. France Routes a interviewé son directeur commercial France, Christophe Bastenaire.

Crédit photo : Nicolas Grumel
On a beaucoup entendu parler du camion électrique Windrose cette semaine. Pourquoi avoir choisi la France pour installer cette usine ?
Le siège européen est basé à Anvers en Belgique, à proximité des infrastructures portuaires. Le site d’Onnaing nous apporte un accès rapide au port. Nous transporterons les pièces détachées depuis Anvers par barges.
Cet investissement vient à point par rapport au projet Choose France. Le constructeur a-t-il obtenu des subventions ?
C’est une des raisons, mais je n’en connais pas le montant. Avant tout, nous voulions produire le camion en Europe. Valenciennes est un bassin industriel intégrant un écosystème autour de l’industrie automobile. 300 emplois devraient être créés dans cette usine d’assemblage.
Quelle date visez-vous pour la commercialisation ?
Les premiers camions sortiront de l’usine en 2027 et la production pourra atteindre 4 000 véhicules par an. Actuellement nous sommes dans la phase de démonstration, avec deux véhicules qui circulent en Europe. Il y en a même un qui tourne dans un film de Ridley Scott ! Nous avons rencontré d’importants transporteurs français comme XPO, Alainé, Jacky Perrenot, Caillot, ainsi que des clients de taille moyenne, qui sont demandeurs et signataires directement.
Jusqu’à présent, Windrose était apparu furtivement en Europe, notamment au salon IAA d’Hanovre en 2024… Quelle est l’origine de cette marque récente ?
La société Windrose a été créée en 2022 en Chine par Wen Han, âgé de 32 ans. C’est lui qui a breveté la conduite autonome au sein de la société Plus. Il a vendu ce brevet au groupe allemand Traton (Volkswagen, Scania, MAN).
Quelles sont les principales caractéristiques de cet étonnant tracteur au design anticonformiste ?
Il est né électrique, a été conçu autour des batteries avec un châssis-cage, des suspensions triangulées à l’avant et la motorisation dans les essieux arrière, délivrant plus de 1 400 ch. On annonce une autonomie réelle de 670 km chargé à 44 t, en circulant à 90 km/h.
Où seront fabriquées les batteries, et est-on sur du LFP ou du NMC ?
Les batteries sont fabriquées en Chine. Le constructeur peut fournir les deux technologies. Le choix se fera en fonction de l’activité de transport, s’il y a besoin de charge rapide sur courte distance, ou d’autonomie pour de la longue distance. Le tracteur est équipé d’une prise CCS2 de chaque côté, et peut donc être chargé simultanément en deux fois 400 kW. Mais on peut aussi installer un port MCS à 1 000 kW.
Pourquoi ce châssis 6×4 ?
C’est la configuration la plus répandue en Chine et aux Etats-Unis. On travaille sur une version 4×2 pour l’Europe.
La ligne de ce camion est particulièrement originale, avec un poste de conduite central et avancé. De l’avis des spectateurs, cela plait ou ne plait pas … Qu’est-ce qui a motivé ce design ?
Il est lié à la recherche sur l’aérodynamisme. Ce tracteur affiche un coefficient de pénétration dans l’air de 0,27. Cela contribue à son excellente autonomie. Cette recherche de fluidité a imposé le poste de conduite centralisé.

Crédit photo : Nicolas Grumel
Il ressemble au prototype Tesla Truck. Celui-ci a-t-il été copié ?
Ce qui est recherché, c’est la fluidité, la meilleure pénétration dans l’air, l’aérodynamisme. Il faut croire que les études en soufflerie aboutissent aux mêmes conclusions chez Tesla et chez Windrose. Aujourd’hui, un grand nombre de véhicules se ressemblent puisque tous les constructeurs recherchent la meilleure pénétration dans l’air.

Crédit photo : Nicolas Grumel
Ce camion est-il homologué pour la France ?
Nous visons une homologation en France, mais aussi ailleurs en Europe, d’ici à la fin de l’année.
A quel prix sera-t-il commercialisé ?
Autour de 280 000 €, hors aides. Avec cette autonomie-là, il n’y a pas de concurrence.
Constituez-vous un réseau de distribution dans l’Hexagone ?
Nous projetons un écosystème différent de celui d’un constructeur traditionnel. Notre objectif est de commercialiser ce camion auprès des flottes car c’est un camion de ligne. Les flottes ont généralement un atelier, auquel nous apporterons la carte de réparation, avec formation et livraison directe des pièces détachées.
La grande nouveauté en termes de maintenance, c’est qu’il n’y a pas de valise de diagnostic pour le Windrose. Tout passe par la télématique. Le premier technicien c’est le conducteur, il y aura une hotline avec intervention à distance sur le camion. Nous allons faire un gros travail de formation avec les ateliers. Nous projetons de nous associer à un réseau multimarque national voire européen et en dernier recours, s’il y a de grosses interventions à faire, on les programmera à l’usine.