Pour le transport routier de marchandises, l’électrique c’est fantastique !

Les études sur la décarbonation du transport routier se multiplient, à l’instar de celle que vient de publier le think tank Equilibre des Energies, qui s’accordent à conclure à l’usage massif de l’électricité comme principale énergie pour le camion. Le problème étant que les transporteurs, eux, veulent des garanties sur une exploitation rentable en 3 à 5 ans. Ce n’est pas encore le cas.

L’étude présentée le 17 février à Paris par Equilibre des énergies (Eden) s’ajoute au plaidoyer ambiant en faveur de l’électrification pour décarboner le transport routier de marchandises (TRM), comme ce fut le cas lors de la présentation des ventes de camions en France en 2025 par la Chambre des importateurs CSIAM.

Thin tank

Créée en 2010, Équilibre des Énergies (Eden) est un think tank qui fédère les acteurs du monde de l’énergie, du bâtiment, des transports et des infrastructures, du tertiaire et de l’industrie pour travailler ensemble à la décarbonation de l’économie. Présidé par l’ancien ministre et membre honoraire du parlement Dominique Bussereau, Équilibre des Énergies développe des analyses, des propositions et des prises de position destinées à éclairer les décideurs publics et privés en France comme en Europe. Rappelons au passage que Dominique Bussereau est l'homme politique qui a présidé la conférence Ambition France Transports organisée par le ministère éponyme, l'année dernière, et qui a aidé le ministre Philippe Tabarot à rédiger la loi-cadre qu'il veut promulguer avant l'été.

Les biogaz et biocarburants, solutions de transition

Malgré leur maturité et compétitivité, les biocarburants et biogaz sont relayés à des « solutions de transition », à l’exception du HVO pour soutenir son avenir comme « carburant d’aviation durable (SAF) ». La durée de cette transition correspond à la période à l’issue de laquelle l’électrique deviendra compétitive dans le TRM. Pour Eden, cette bascule se produira en 2030… si plusieurs conditions sont réunies. Les principaux leviers à actionner sont « financiers, économiques et politiques », selon le président de son Comité scientifique, économique, environnemental et sociétal, Jean-Pierre Hauet.

Des conditions pas encore réunies

Pour un transporteur, l’acquisition d’un camion électrique doit relever plus d’un choix rationnel de compétitivité que d’un engagement volontaire ou d’une contrainte réglementaire. Or les conditions de ce « choix rationnel » ne sont pas réunies aujourd’hui, reconnaît le think-tank. Au plan politique, Jean-Pierre Hauet plaide « pour une politique publique lisible et pérenne pour sécuriser les acteurs engagés dans cette transition ».

Au plan économique et financier, force est de constater aussi, que le coût total de possession des camions électriques ni les capacités financières des transporteurs ne les incitent à investir massivement dans ces véhicules aujourd’hui.

Changer la donne

Deux facteurs sont susceptibles de faire évoluer ce constat. Evoquant de façon étonnante les « bienfaits de la concurrence chinoise », le premier est technologique et industriel selon Eden. Il permettrait d’abaisser le prix des batteries et de production des camions électriques par des économies d’échelle… au risque de fragiliser une industrie du poids lourd fleuron en Europe !

Maintenir les aides publiques et privées

Le deuxième facteur concerne les mesures de soutien destinées aux transporteurs pour investir. Dans les 22 recommandations de l’étude, une dizaine ont cet objectif. Tous les dispositifs existants – Certificat d’économie d’énergie (CEE), suramortissement, déductions fiscales, « sont à maintenir sinon les renforcer jusqu’en 2030 au moins », défend l’étude.

Le produit du Système d’échange de quotas d’émission carbone (ETS 2), que l'Europe vient de reporter à 2028, « devrait permettre de créer une caisse de garantie mutuelle pour « dérisquer » le financement pour l’acquisition de camions électriques auprès d’organismes de prêts ou de location », estime Jean-Pierre Hauet.

Cette mesure viserait en priorité les TPE et PME du TRM à l’instar de l’ensemble des aides au financement des véhicules zéro émission et des infrastructures de recharge.

Tarifs à la hauteur des enjeux

La tarification modulée des péages pour les poids lourds zéro émission et une mission d’évaluation sur le coût des assurances de ces véhicules sont deux autres propositions. Jean-Pierre Hauet se déclare favorable enfin au projet de loi-cadre sur les transports incitant les chargeurs à davantage s’investir dans la transition énergétique mais regrette que cette mesure ne soit pas assortie de sanction. Dans le calcul du TCO réalisé par le transporteur, le prix que le chargeur est prêt à payer pour décarboner son transport sera déterminant dans le choix de ses investissements entre les différentes énergies…


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