L’annonce a été faite le 22 juin au Royaume-Uni, et elle a de quoi séduire les professionnels du transport routier français : switcher un camion électrique à batteries vides avec des chargées à 100 % en 5 minutes ! C’est le principe du battery swapping, qui se développe en Chine ces derniers mois, dans l’automobile comme dans le véhicule industriel. Les partenaires Octopus et CATL ambitionnent de l’implanter en Europe en 2035. Mais cela ne pourra se faire en 5 minutes…
Actuellement sur le continent européen, une des grandes questions sur la transition énergétique concerne la recharge électrique d’un poids lourd : maillage du réseau de stations-services publiques encore insuffisant en dépit d’un déploiement régulier notamment par des investisseurs privés comme Milence, Oreve ou AS 24, manque d’infrastructures chez les transporteurs, temps de charge à rallonge… Cela constitue un frein au déploiement des camions électriques.
Battery swapping
Aussi, quand le numéro un mondial de la production de batteries électriques pour véhicules, le chinois CATL, annonce qu’il va développer le battery swapping avec Octopus, via Swaptopus, d’abord au Royaume-Uni à partir de 2027, puis dans l’Union européenne en 2030, on l’écoute. Le concept de battery swapping, c’est l’échange de batteries en français : au lieu de brancher un camion à une borne et d’attendre que l’énergie s’accumule, une batterie vide est remplacée par une pleine.
Sur le papier, le principe est simple : le conducteur se présente dans une station Swaptopus. Le véhicule se positionne, des robots situés sous le véhicule retirent les batteries déchargées. Celles-ci sont rechargées. Parallèlement, un robot apporte des batteries identiques chargées à 100 %, qui sont verrouillées au camion. Après un diagnostic électronique rapide de sécurité, le véhicule peut repartir.
Aussi rapide qu’un plein de gazole
« C’est aussi rapide que de faire un plein de gazole, et cela élimine l’attente d’une recharge classique qui, au minimum sur une borne ultra-rapide, s’élève à 45 minutes », affirme Octopus. L’opérateur ajoute qu’en station Swaptopus, les batteries sont rechargées lentement, dans des conditions de température idéales. « Cela prolonge leur durée de vie par rapport aux recharges ultra-rapides des bornes classiques qui font chauffer les composants ». Autre avantage, l’exploitant peut être en mesure d’updater les batteries livrées, si une technologie plus performante arrive sur le marché.
Ce principe de rupture se répand dans l’automobile chinoise : le constructeur Nio aurait déjà réalisé des dizaines de millions d’échanges en Chine. Octopus Energy et CATL ont clairement l’intention de l’exporter en Europe, dans l’automobile mais aussi le véhicule industriel. Cette nouvelle alliance vise à construire un réseau européen de megahubs d’échanges de batteries. Le premier, équipé de plusieurs postes d’échange, devrait ouvrir au Royaume-Uni dès 2027 selon Octopus. La coentreprise prévoit ensuite d’installer plus de trente sites similaires à travers le Vieux continent d’ici 2035. À terme, ce réseau a pour objectif de desservir plus de 300 000 camions électriques. Mais le Royaume-Uni n’est pas l’Union européenne…
Des constructeurs européens sceptiques
Si les professionnels chinois, forts de leur avance dans la technologie des batteries dédiées à la mobilité, sont sur les starting-blocks, les constructeurs de camions européens se montrent sceptiques.
« À ce stade, les conditions ne sont pas encore réunies pour un déploiement à grande échelle dans le transport routier lourd, explique-t-on chez Volvo Trucks. Plusieurs contraintes techniques et industrielles restent à lever, notamment le poids et l’intégration des batteries dans des véhicules conçus avec des exigences de sécurité élevées, l’absence de standardisation entre les appareils selon les constructeurs, ainsi que la gestion thermique et les systèmes embarqués propres à chaque batterie. Le modèle économique de ce type de solution reste aujourd’hui moins favorable que d’autres approches, alors même que les infrastructures de recharge, tant sur les réseaux publics qu’au dépôt, se développent ».
« L’idée est géniale mais je ne vois pas comment on pourrait y parvenir dans des délais courts, précise Jérôme Flassayer, directeur Electromobilité de Volvo Trucks France. Pour déconnecter une batterie en France, une habilitation Travaux sous tension B2TL est obligatoire ».
Chez Scania France, on priorise la recharge plus que l’échange de batteries. « La technologie Megawatt charging system (MCS) permet de charger un camion pendant la pause déjeuner du conducteur, soit 45 minutes. Nous ne voyons pas l’utilité de procéder à un échange de batteries ».

À propos d’Octopus Energy France
Octopus Energy France est un fournisseur et producteur d’électricité renouvelable et française, également installateur de solutions d’électrification (panneaux photovoltaïques, bornes de recharge, batteries). Il fournit de l’électricité à 750 000 compteurs particuliers, entreprises et collectivités.