Europe : les constructeurs demandent d’adapter la réglementation aux camions électriques

L'association des constructeurs européens de véhicules industriels regrette que l'Union européenne n'accepte pas une hausse de la charge à l'essieu tolérée pour les camions électriques. Photo : Daimler Truck.

Dans une lettre ouverte publiée fin mai, les constructeurs européens de camions et d’autobus réunis au sein de l’ACEA appellent les décideurs politiques de l’Union Européenne à veiller à ce que la révision de la directive sur les poids et dimensions ait une utilité dans le développement des véhicules zéro émission. Ils déplorent ainsi le maintien de la charge à l’essieu à 11,5 t pour les camions électriques.

Selon l’ACEA, « la révision des normes relatives au poids et aux dimensions doit servir de catalyseur pour la mise en place de véhicules utilitaires lourds à zéro émission». C’est ce qu’explique l’association des constructeurs européens de véhicules industriels, dans une lettre adressée aux négociateurs du trilogue (conseil des ministres européens des transports, commission européenne), dont la présidente de la branche VI est actuellement Karin Rådström, présidente et directrice générale de Daimler Truck.

Vive inquiétude des industriels

« L’orientation actuelle des négociations risque d’affaiblir la viabilité opérationnelle et économique des véhicules zéro émission, souligne l’ACEA. Alors que l’UE s’est fixé les objectifs de réduction des émissions de CO₂ les plus ambitieux au monde pour les camions et les bus, la directive révisée sur les poids et dimensions risque de devenir un obstacle plutôt qu’un catalyseur de la transition vers un transport routier lourd zéro émission ».

Dans la lignée de la position de l’ACEA, le PDG de Traton (Scania et MAN), Christian Levin, a exprimé sa colère contre les instances européennes, dans une interview à France Routes.

Maintien des 11,5 t pour tous les camions

Les constructeurs s’inquiètent de voir la charge à l’essieu maintenue à 11,5 t y compris pour les PL zéro émission, alors que la Commission européenne proposait de l’augmenter à 12,5 t. Le problème étant que les véhicules électriques sont plus lourds hors marchandises transportées, étant donné qu’ils intègrent des batteries. « Sans ajustements raisonnables des limites de charge sur les essieux moteurs, il sera impossible d’atteindre la capacité de charge utile et la flexibilité opérationnelle nécessaires pour les trajets longue distance et de nombreuses applications régionales », alerte l’ACEA.

L’organisation souhaite également que les tolérances de poids supplémentaires ne soient pas limitées aux poids lourds motorisés à trois essieux : « Des tolérances adaptées pour les véhicules motorisés à deux essieux les plus courants (4×2), qui représentent environ 75 % du marché actuel, sont essentielles afin d’assurer leur compétitivité économique et de préserver leur viabilité opérationnelle. Le maintien des limites de poids actuelles sur les essieux moteurs pénalise de fait les véhicules zéro émission en termes de capacité de charge utile et limite leur flexibilité opérationnelle pour de nombreuses applications ».

Hausse des contrôles

Les constructeurs de poids lourds s’inquiètent enfin de l’introduction potentielle d’exigences supplémentaires en matière de contrôles qui s’appliqueraient aux véhicules zéro émission. « Le système obligatoire de surveillance embarquée de la masse (on-board mass monitoring ou OBMM en anglais) et l’intégration proposée des données OBMM dans les tachygraphes intelligents entraîneraient des coûts inutiles, une complexité technique accrue et une incertitude réglementaire, estime l’ACEA. Au lieu de favoriser l’adoption par le marché des véhicules zéro émission, la directive sur les poids et dimensions deviendrait un obstacle supplémentaire à leur adoption rapide et généralisée ».

L’ACEA met en garde contre le fait que « l’orientation actuelle des négociations en trilogue risque d’affaiblir des éléments clés de la proposition équilibrée et tournée vers l’avenir de la Commission. Des tolérances de poids et des ajustements de charge par essieu appropriés pour les véhicules zéro émission sont essentiels pour garantir que la directive révisée puisse soutenir efficacement la transition énergétique du transport routier ».

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