Vente de poids lourds : une électrification encore trop lente pour les objectifs 2030

Les camions immatriculés en France en 2026 émettent globalement moins de CO2 qu'avant mais le zéro émission est encore trop minoritaire. Photo : Scania.

Le marché français des poids lourds de plus de 7,5 tonnes reste orienté à la baisse sur les huit premiers mois de 2026, tandis que l’électrique progresse sans pour l’instant atteindre le rythme nécessaire aux objectifs européens. La branche véhicules industriels de la Chambre syndicale des industriels (CSIAM), qui présentait son bilan semestriel le 10 septembre, appelle les pouvoirs publics à accélérer le soutien à la filière.

Après une année 2025 en baisse de 9,9 %, la tendance ne s’est pas inversée : 26 065 porteurs et tracteurs de plus de 7,5 t ont été immatriculés entre janvier et août 2026, contre 27 102 un an plus tôt, soit un repli de 3,8 %. « Nous nous attendons à un volume important d’immatriculations sur les quatre derniers mois », tempère toutefois Benoît Tanguy, président de la branche VI de la CSIAM et président de Scania France. Le recul touche surtout les porteurs (-14,1 %), pénalisés par le ralentissement de la construction, alors que les tracteurs progressent de 5,6 %.

L’électrique progresse, mais reste marginal

Sur le plan énergétique, le gazole conserve une position dominante avec 92,1 % des immatriculations, en hausse par rapport à 2025. Le gaz recule nettement, de 2,8 % à 1,3 % de part de marché, pénalisé par la volatilité des prix de l’énergie. Le B100 exclusif recule aussi de 5,4 % à 4 % du marché, pénalisé par l’incertitude sur les zones Crit’Air 1 et un suramortissement moins attractif, selon Fabrice Rondeau (DAF Trucks France). Le B100 non exclusif, non comptabilisé dans les statistiques, concernerait néanmoins environ 20 % des poids lourds immatriculés depuis janvier.

Les ventes de camions fonctionnant exclusivement au B100 sont en baisse. Mais ceux qui fonctionnent au B100 ou au gazole sont intégrés aux ventes de gazole. Photo : Scania France.

De fait, l’électrique demeure la seule énergie alternative en progression, passant de 2 % à 2,5 % du marché, avec 646 poids lourds électriques immatriculés depuis janvier (+29,7 % sur un an), ce qui reste loin du boom annoncé. Les constructeurs interrogés s’accordent sur une part proche de 4 à 5 % en fin d’année car la bonification des certificats d’économies d’énergie (CEE), effective depuis juin, n’a pas encore produit ses effets sur les immatriculations.

Une trajectoire encore trop lente face aux objectifs Vecto

Malgré cette dynamique, les constructeurs jugent le rythme d’électrification insuffisant au regard des objectifs de réduction des émissions imposés par la réglementation européenne Vecto, qui fixe des trajectoires contraignantes jusqu’en 2030. « Les constructeurs européens sont soumis à des objectifs très ambitieux de vente de camions électriques, avec des pénalités et des amendes à la clé », rappelle Benoît Tanguy. Selon l’ACEA, pour respecter la trajectoire de réduction de CO2 fixée à l’horizon 2030, au moins un tiers des nouvelles immatriculations de poids lourds devront être des modèles zéro émission.

La CSIAM réclame donc une visibilité pluriannuelle sur les CEE et les bonifications jusqu’en 2030, la stabilité du critère de fabrication européenne, ainsi qu’un assouplissement des règles de charge à l’essieu. L’organisation propose de porter à 13 tonnes la charge maximale sur l’essieu moteur et défend un cadre d’intégration progressive de l’électrique chez les donneurs d’ordre, de 1 % en 2027 à 30 % en 2035, conditionné à un déploiement accéléré des infrastructures de recharge.

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