Électrification : EDF veut apporter 15 000 euros par camion

En préalable des engagements avancés par le gouvernement le 10 avril, EDF déploie un plan massif de 80 millions d’euros spécifiquement fléchés vers les PME et TPE du transport routier, sous conditions bien précises. Le contexte est désormais très favorable à la mobilité électrique.

Pour ses 80 ans, EDF propose 240 millions d’euros d’aides dédiées à l’électrification des usages, dont 80 M€ spécifiquement pour le transport routier de marchandises (TRM). Cette enveloppe se divise en deux piliers stratégiques. D’une part, un investissement massif dans les infrastructures à travers le financement de 180 bornes de recharge haute puissance, réparties sur 73 hubs stratégiques à travers la France métropolitaine d’ici trois ans. « Ces stations seront ouvertes à tous, garantissant aux conducteurs une capacité de recharge en itinérance, indispensable pour le transport longue distance », indique l’industriel.

Et d’autre part une prime directe à l’acquisition pour les porteurs et tracteurs électriques afin de réduire le coût de possession (TCO) en comparaison au diesel, d’un montant de 15 000 euros par véhicule « en moyenne » (sans plus de précision pour le moment). Cette aide est cumulative avec le montant de la prime CEE – 35 000 € pour un porteur et 53 000 € pour un tracteur – et son enveloppe globale est de 30 M€.

Qui peut réellement en bénéficier ?

Contrairement à d’autres plans parfois captés par les grands comptes, EDF cible ici « les TPE et PME » (sans précision sur la limite de taille pour le moment). L’aide est plafonnée à l’acquisition de deux véhicules par établissement, identifié par son numéro Siret, qu’il s’agisse d’un achat ferme ou d’une location longue durée.

Plusieurs conditions techniques accompagnent ce versement. Ainsi, l’entreprise bénéficiaire doit impérativement disposer d’une borne de recharge ou procéder à son installation lors de l’acquisition des camions. De même, le dispositif privilégie les véhicules neufs, porteurs ou tracteurs, en excluant le rétrofit, et ces véhicules doivent venir en remplacement de camions thermiques. Le point fort du dispositif réside dans sa neutralité technologique et commerciale. Le transporteur reste maître de son choix vis-à-vis de la marque du camion, du concessionnaire, du modèle de borne ou de l’opérateur du service de recharge.

Le guichet, disponible à l’adresse jepassealelectrique.fr n’est pas encore ouvert mais les transporteurs intéressés d’ores et déjà sont invités à s’inscrire et à commencer les démarches – surtout s’ils ne sont pas encore équipés de bornes – afin de fournir les documents nécessaires pour bénéficier de l’aide (certificat d’immatriculation, attestation d’attribution d’une aide CEE, attestation d’attribution d’une prime Advenir). L’aide risque d’être versée selon le principe du « premier arrivé, premier servi » et permettra de financer environ 2 000 camions.

Sourire des constructeurs

Pour les constructeurs, le coup de pouce d’EDF, complété par l’aide de 100 000 € annoncée par le gouvernement Lecornu, constitue une goulée d’air frais pour un marché de l’électrique dynamique mais encore ténu. « C’est un signal très positif pour l’ensemble de la filière, souligne ainsi Jean-Yves Kerbrat, directeur général de MAN Truck & Bus France. Cela permettra d’accélérer la transition vers des modèles d’exploitation décarbonés. L’enjeu est désormais de garantir un déploiement rapide et cohérent sur l’ensemble du territoire afin de créer les conditions d’un passage à l’échelle ».

Cette aide de 15 000 €, cumulée aux 100 000 € promis par le plan Lecornu, rapproche un peu plus le prix d’un camion électrique de celui d’un diesel. Les constructeurs auront d’autant plus l’occasion de se réjouir avec la probable arrivée de l’article 18 de la loi-cadre sur la décarbonation des transports, actuellement à l’étude au Sénat. Ce texte, dont l’adoption définitive est attendue pour l’été 2026, instaure en effet une obligation de « fret vert » en imposant aux grandes entreprises (réalisant plus de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires) une trajectoire d’achat de prestations décarbonées. Les objectifs sont clairs : 2 % de flux en véhicules zéro émission dès 2028, avec une montée en charge progressive jusqu’à 30 % à l’horizon 2035.

L’article prévoit aussi une obligation de reporting annuel des résultats. En rendant ces données publiques, l’exécutif entend contraindre les grands donneurs d’ordre à assumer leur part du financement de la transition, les poussant ainsi à absorber indirectement le surcoût de l’électrique à travers leurs contrats de transport.

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