Camion électrique : la pérennité des aides bonifiées n’est pas garantie

Longtemps abordée sous l’angle climatique ou réglementaire, la transition énergétique s’impose désormais comme un sujet pleinement économique et opérationnel pour le transport routier. © Renault Trucks

À la veille d’élections majeures en France, le dispositif des Certificats d’économie d’énergie est devenu un sujet politique. Le délégataire Économie d’Énergie s’inquiète de cette évolution à l’heure où leurs aides bonifiées, pour l’achat ou la location d’un camion électrique, semblent être au bon niveau.

Depuis le 1ᵉʳ juin, les aides bonifiées accessibles avec les Certificats d’économie d’énergie (CEE) s’échelonnent entre 12 400 € et 107 000 €. Elles bénéficient aux camions dont le PTAC va de 3,5 à 26 t et plus, acquis ou loués. Ces montants peuvent varier de quelques centaines ou milliers d’euros selon la valeur du marché des certificats, exprimée en kWh cumac, qui évolue en fonction des objectifs des obligés, fournisseurs et distributeurs d’énergie, qui les achètent. Ces primes maximales bonifiées s’appliquent enfin aux camions construits dans l’Espace économique européen dont la liste est publiée et actualisée tous les mois par l’ADEME.

Grâce à ce dispositif, la Stratégie nationale d’électrification présentée le 23 avril fixe à 2 000 le nombre de camions électriques vendus cette année et à 4 000 l’an prochain.

Risques sur le dispositif CEE

Or, en 2027, se déroulent les élections présidentielles et, d’ores et déjà, certains partis et candidats déclarés dénoncent le dispositif des CEE. Filiale du groupe La Poste, Économie d’Énergie alerte sur ce risque. Par la voix de son directeur général, Eric Baudrillard, il appelle l’écosystème du transport routier de marchandises « à se mobiliser pour le défendre et le pérenniser ».

En qualité de délégataire, Économie d’Énergie intervient pour le compte d’obligés pour leur permettre d’atteindre leurs objectifs. À ce titre, il intervient dans tous les secteurs et utilise les certificats existants (fiches) selon la filière de l’obligé. Pour Eric Baudrillard, « le recours aux CEE pour électrifier la France ne doit pas conduire à supprimer les autres certificats couvrant une grande diversité d’actions ». Dans le transport routier en particulier, des fiches CEE couvrent la monte de pneus à basse résistance, de télématiques embarquées, l’emploi de lubrifiants « économiseurs d’énergie », ou encore les systèmes TPMS de contrôle de pression des pneus et les formations à l’éco-conduite.

Montée en puissance espérée

Selon Eric Baudrillard, « il est trop tôt pour dresser un bilan des bonifications en vigueur depuis le 1ᵉʳ juin. Il faut que tous les acteurs du transport routier s’approprient et comprennent le dispositif ». Dans cette phase d’apprentissage, Économie d’Énergie rappelle qu’en tant que délégataire, il propose « une prestation et un accompagnement clé en main aux transporteurs, avec la possibilité pour les constructeurs d’intégrer les primes CEE directement dans leurs offres commerciales ». Des conventions ont déjà été conclues dans ce sens avec la CSIAM, Scania, Ford Truck ou Hyundai Motor France.

À fin juin, le marché des poids lourds neufs de plus de 5,1 t se redressait. À l’issue des six premiers mois, les immatriculations affichaient un recul de 1,1 % en raison des mauvais chiffres des porteurs (- 14,3 %). La hausse des camions électriques tranche avec cette tendance cependant. Selon l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA), les modèles de 3,5 à 16 t progressaient de près de 180 % au premier trimestre en France ! Bien que sur des chiffres modestes, autour de 300 unités, leurs parts de marché s’élevaient à 16 % ! Pour les tonnages plus élevés, égaux et supérieurs à 16 t, la hausse des camions électriques neufs « n’était que de 15 % » avec 260 unités dénombrées et une part de marché estimée à 2,8 %.

Pour les exploitants, l’enjeu est de repenser l’ensemble de l’écosystème : usages réels des véhicules, coût total de détention, disponibilité énergétique, et valorisation des gains carbone notamment. © MAN Truck &Bus.

Meilleur TCO

Plusieurs aides permettent de réduire l’écart de prix entre les camions thermiques et électriques. Aux primes CEE s’ajoutent le fonds d’aides financés par EDF pour ses 80 ans. Il alloue 30 M€ à l’achat ou à la location longue durée d’un poids lourd électrique de plus de 3,5 t. Dans ce cadre, une aide de 15 000 € par camion s’adresse aux TPE et PME dans la limite de deux véhicules électriques par établissement et de 2 000 véhicules au total. Les transporteurs bénéficient aussi du suramortissement fiscal qui s’élève entre 15 000 € et plus de 30 000 € avec de possibles aides locales proposées par les collectivités territoriales. Reste enfin la négociation avec son concessionnaire.

En cumulant ces aides et cette négociation, le prix d’un camion électrique est similaire à celui d’un camion thermique avec un coût d’exploitation (TCO) beaucoup plus compétitif, assurent tous les transporteurs interrogés.

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