Inflation des carburants : dans la manifestation des transporteurs routiers à Paris

Des transporteurs routiers de voyageurs et de marchandises adhérents de l’OTRE ont manifesté à Paris, le 30 mars. A bord d’une centaine de véhicules, autocars et camions, ils ont mené une opération escargot sur le périphérique parisien. L’objectif était de demander une aide de l’Etat sur l’achat de carburant, face à la forte inflation du gazole qui met en péril nombre de PME du secteur.

Le 30 mars, une centaine de transporteurs routiers de voyageurs et de marchandises ont formé un convoi afin de manifester leur mécontentement sur le périphérique parisien, face à la faiblesse de l’aide financière consentie par le gouvernement le 27 mars en fin de journée. Une délégation a été reçue à la Préfecture à l’issue de la mobilisation. Mais les transporteurs routiers de l’OTRE n’ont rien reçu de plus, en dépit d’une mobilisation d’ampleur nationale qui se poursuit jusqu’au 1er avril.

Inaugurant le salon SITL le 31 mars au matin, le ministre des Transports a confirmé que l’enveloppe se restreindrait à 50 M€ pour des aides aux TPE et PME déclinées sur le mois d’avril 2026. Une prolongation de cette mesure de soutien est à l’étude, mais pas encore confirmée.

Le message des TPE et PME du transport routier

« Nous avons porté le message des TPE et PME du transport routier de voyageurs et de marchandises, explique Alexis Gibergues, président de l’Organisation des Transporteurs Routiers Européens (OTRE), le 30 mars à l’issue de la manifestation parisienne. Nous avons été reçu par le préfet de région, auquel nous avons présenté nos revendications de manière précise, ainsi que la grande détresse de certaines des entreprises de ce secteur, face à la hausse du coût des carburants. Nous avons réexpliqué qu’il était indispensable d’augmenter l’enveloppe budgétaire accordée au soutien, mais aussi de simplifier l’accès à cette mesure de soutien ». Une demande qui semble avoir été entendue au ministère, on le saura dans les prochains jours.

A cheval sur les prix…

L’un des manifestants est le gérant de la société ATC Location, qui opère dans le transport de chevaux. L’entreprise de Kevin Morizet compte neuf salariés, disposant d’une flotte de huit camions et deux vans. Il a envoyé trois camions manifester, conduits par des employés et lui-même. « Nous avons fait cette opération escargot sur le périphérique parisien pour faire entendre nos revendications, pour que l’OTRE puisse être elle-même écoutée du gouvernement », explique-t-il.

La colère des transporteurs routiers s’est exprimée par un concert de klaxons sur le périphérique parisien, le 30 mars. ©Barette Christophe

Usine à gaz

Le 27 mars, Philippe Tabarot a annoncé une aide directe à l’achat de gazole de 20 centimes par litre, dédiée aux professionnels et fléchée vers les TPE et PME. Mais c’est sous condition : le transporteur doit prouver que sa trésorerie a été mise à mal par le phénomène inflationniste. Comme si le patron chauffeur avait le temps de lancer dans cette opération sans avoir recours à son comptable… Impensable dans la situation actuelle ! « Il est question de présenter le bilan 2025 du premier trimestre versus celui de 2026, de prouver ainsi que c’est le carburant qui plombe les comptes… c’est impossible, peste Bruce Aiglehoux, secrétaire général de l’OTRE Ile-de-France. Et ensuite, comment bénéficier de cette aide, quand sera-t-elle réglée ? Nous demandons une solution simple comme en 2022, une remise forfaitaire à la pompe, pour pouvoir continuer à faire notre métier et à circuler ».

Opérations de transport reportées

Surprises par cette hausse soudaine du prix du gazole, les petites entreprises ne peuvent aussi rapidement répercuter l’inflation sur les prix qu’ils pratiquent auprès des donneurs d’ordre. Chez ATC Location, chaque véhicule parcourt en moyenne près de 80 000 km par an.  Kevin Morizet a sorti la calculatrice : « Pour l’entreprise, le surcoût représente 2 500 € par semaine. La part du carburant est passée de 20 à 30 % de mon chiffre d’affaires… En attendant que ces prix baissent à nouveaux, nous sommes contraints de retarder les opérations de transport ».

Quelques mètres plus loin, Julien Bigaud, gérant de la société Transport Bulle’RS basée en Île-de-France et en Normandie, manifeste avec quatre camions : « La hausse du prix du gazole se monte à 60 euros par jour par camion. Au mois de mars, le surcoût total s’élève à 30 000 euros. Si nous continuons ainsi, la société va être en difficulté ».

Eric Menu, manager de la société Idelot basée dans l’Oise, est en tête de cortège, et dénonce certaines pratiques : « Les gars font le plein à la pompe à 2,09 €/l de gazole. Pour remplir la cuve de 15 000 l, nous sommes facturés à 2,43 €/l ! »

Le pessimisme s’installe

« Nous ne constatons aucune avancée, s’étrangle Kevin Morizet. L’aide gouvernementale est annoncée pour avril 2026, mars n’est même pas pris en compte ! Or la crise a débuté le 28 février. En mars nous avons consommé du gazole ». Kevin est favorable à la poursuite du mouvement. « Nous allons poursuivre les discussions au sein de l’OTRE. Mais il faudrait maintenant que les autres fédérations de transporteurs nous rejoignent, notamment la FNTR, ainsi que les taxis, les infirmiers et l’ensemble des professions impactées par cette hausse. Il faut aller vite car ce qui est perdu est perdu. Mars a été catastrophique en termes de chiffre d’affaires, et je ne sais pas comment avril va se terminer. Rien de bon ne se profile… »

Une guerre qui pourrait coûter cher

« L’OTRE Auvergne-Rhône-Alpes, aidée d’un cabinet comptable, a estimé que si 5 000 entreprises comptant une vingtaine de véhicules mettaient la clé sous la porte, le coût s’élèverait pour l’Etat à 5 milliards d’euros, résume Bruce Aiglehoux. Nous ne demandons que 400 M€ de soutien, comme en 2022 ».

Salariée d’ATC, Marine conduisait un des camions de l’entreprise lors de la mobilisation du 30 mars. Elle exprime ainsi son inquiétude, car cette crise aura aussi des retombées sur l’emploi dans le transport routier. © Barette Christophe

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