Avec un litre de gazole qui a augmenté de plus de 50 centimes en près d’un mois, la trésorerie des transporteurs routiers est en souffrance. C’est ce dont voulait témoigner Jean-Christophe Viard, président de deux sociétés, Dabatrans et transports Irastorza, qui a fait ses calculs et les présente à France Routes.
Depuis plusieurs semaines, les cours du pétrole flambent à la cuve et à la pompe, ce qui impacte la trésorerie des transporteurs routiers et menace la viabilité de nombreuses entreprises. Une situation d’urgence que le gouvernement a choisi de ne pas résoudre, en présentant des mesures trop peu efficaces selon les fédérations du transport routier, qui ont fait part de leurs revendications et demande une aide financière directe à l’achat de carburants. Face à la crise, l’Organisation des transporteurs routiers européens appelle ses adhérents à se mobiliser, entre le 28 mars et le 1er avril dans plusieurs villes de France.
L’inflation sur les carburants en cause
Jeudi 26 mars en région parisienne, une station-service affiche, selon le comparateur de prix gouvernemental, le litre de gazole à 2,60 €. En trois semaines, il a augmenté de 50 centimes d’euros ! Face à ce constat, le gouvernement français a choisi de ne pas réduire les taxes sur les carburants, notamment la TVA, contrairement à ses homologues espagnol, italien et grec.
Les coûts d’exploitation explosent
Chez les transporteurs, c’est le marasme : les coûts d’exploitation explosent, alors que les marges restent faibles. C’est le cas chez Jean-Christophe Viard, président de deux sociétés basées à Mouguerre (Pyrénées-Atlantiques) :
- Dabatrans, entreprise de transport de carburant ;
- Transports Irastorza, qui achemine les marchandises en benne ou plateau.
Les deux structures disposent d’une flotte de 60 camions. Chaque année, les conducteurs parcourent 8,5 millions de kilomètres. L’entrepreneur a fait ses calculs : « Depuis le 28 février, le prix au litre de gazole a pris 50 centimes. Nous sommes passés d’environ 1,3 à 1,8 euros HT. Pour les transports Irastorza, la facture carburant s’élevait à 400 000 euros par mois. L’augmentation se chiffre à 100 000 euros par mois ! » Une hausse d’un quart du poste carburant en un mois, voilà une situation difficile à endiguer…
« Le gazole représente 33 % de mes charges, dévoile Jean-Christophe Viard. L’indice CNR indique lui 23 %, donc même si je me basais sur cette indexation pour l’ensemble de mes clients, je serais en partie perdant ».

La colère monte !
La situation fait monter la colère chez Jean-Christophe Viard, comme chez beaucoup de transporteurs. « Je souhaite que le gouvernement prenne conscience que nous payons nos impôts et que nous souhaitons être défendus, qu’il trouve des solutions pour nous accompagner, s’exclame-t-il. On a l’impression qu’il est complètement absent. Nous ne demandons pas l’aumône, mais de pouvoir vivre de notre travail, et aujourd’hui, nous ne pouvons plus ».
Manifestation le week-end
« Nous bloquons les routes un samedi, poursuit le transporteur routier. Pas en semaine, nous n’avons pas les moyens. Je n’ai pas la trésorerie pour faire durer le blocage. Nous ne pouvons plus continuer à travailler comme cela. »
En attendant un déblocage de la situation, le transporteur opte pour une solution d’urgence. « Dans notre région frontalière, les automobilistes font le plein en Espagne, où le gouvernement a réagi en réduisant les taxes sur les carburants, poursuit Jean-Christophe Viard. Aujourd’hui, l’écart du prix du litre de gazole entre la France et l’Espagne est de 40 centimes. Dès que nous pouvons, nous remplissons les réservoirs des camions en Espagne, mais entre le kilométrage supplémentaire et les temps de trajet, ce n’est pas une solution durable ».
Or, les spécialistes du pétrole , comme l’UFIPEM, ne perçoivent pas une sortie de crise à court terme…