Neuf organisations agricoles, coopératives, agroalimentaires et industrielles de la région Grand Est ont appelé, le 25 août à Reims (Marne), à la suspension de l’éco-contribution poids lourds mise en place par la collectivité d’Alsace. Elles affirment que celle-ci aboutira à ce que le consommateur final paie plus cher les produits alimentaires issus des filières locales.
Ce que ces chargeurs appellent l’éco-contribution, c’est l’écotaxe baptisée taxe R-Pass, qui va entrer en vigueur le 1er janvier 2027 dans la collectivité européenne d’Alsace. La conférence de presse du 25 août intervenait alors que le gouvernement a publié, fin juillet, les barèmes de coût kilométrique pour les transporteurs routiers et les sanctions contre ceux qui ne paieraient pas, applicables dans toutes les régions de France.
L’Alsace, un précurseur
En matière de nouvelle écotaxe, la collectivité européenne d’Alsace fait office de précurseur. Tandis que la région Grand Est gère 525 km de routes nationales, l’Alscace souhaite créer une nouvelle taxe de 0,15 €/km pour les poids lourds. C’est pour l’heure la seule collectivité de France à s’être engagée dans cette expérimentation. Pensée pour faire payer le transit international, cette éco-contribution calculée en fonction de la distance parcourue créera de fait une distorsion de concurrence inter-régions, et impactera les entreprises du territoire.
« L’Eco-contribution poids lourds viendra éroder davantage la compétitivité du secteur agroalimentaire et alourdira le panier des consommateurs désireux de consommer local, soulignent les organisateurs de la conférence. Cet impôt régional affectera toute la chaîne de valeur. Paradoxalement les produits alimentaires importés seront moins taxés, ils seront donc plus attractifs pour les consommateurs ».
Ces professionnels de l’agroalimentaire (*), qui figurent donc parmi les donneurs d’ordre du transport routier de marchandises, estiment que « cette mesure est à rebours de l’objectif de développement et de souveraineté prôné par la région Grand Est puisqu’elle sera préjudiciable aux secteurs économiques locaux ainsi qu’aux ménages, déjà touchés par l’inflation, qui souhaitent consommer local. Si nous saluons les efforts pris par la Région Grand Est pour tenter de proposer des mesures d’accompagnement, force est de constater, après expertises, que ces mesures n’auront qu’un effet limité sur nos activités ».
Demande d’un report jusqu’aux élections régionales 2028
Le monde agroalimentaire appelle « à un sursaut de la part du Conseil Régional pour suspendre cette taxe qui est une fausse bonne idée ! Nous proposons donc que le choix de cette fiscalité régionale supplémentaire soit arbitré à l’occasion des élections régionales 2028 ». La filière alimentaire est l’un des premiers secteurs économiques de la région. Un actif sur vingt y travaille, soit 111 000 personnes réparties dans 1 330 établissements, 260 coopératives et 41 000 exploitations. « Cette nouvelle taxe va frapper le produit régional à chaque étape de sa transformation, quand le produit importé ne sera taxé qu’une fois. Le consommer local pourrait devenir plus cher que l’importé, et la compétitivité, voire la pérennité des structures menacées ».
* Sont membres de ce collectif : l’ARIA Grand Est, le CIL BFC Est, la FRSEA Grand Est, France Industrie Grand Est, Jeunes Agriculteurs Grand Est, La Coopération Agricole Grand Est, Interbev Grand Est, Intercéréales, Interporc Grand Est.