Quand les anges de la route appellent au secours… Face à l’inflation des coûts d’exploitation et à l’impossibilité de mettre à niveau des tarifs de prestations conventionnés, les entreprises de dépannage et remorquage manifestent à Paris, le 21 mai prochain.
C’est une corporation d’ordinaire plutôt discrète, dont la raison d’être est de venir en aide aux véhicules immobilisés par une panne ou un accident, pas de se plaindre ni de demander de l’aide. Et pourtant… A l’appel de la Fédération Nationale de l’Automobile (FNA), de Fier d’Être Dépanneur (FDD), de Mobilians et de l’ADAF, les professionnels du dépannage et du remorquage se mobilisent à Paris, le 21 mai prochain.

« La FNA alerte les pouvoirs publics sur la situation critique des entreprises de dépannage-remorquage et de fourrière, souligne un communiqué daté du 11 mai. Alors qu’un mouvement de mobilisation nationale est prévu le 21 mai prochain, la profession dénonce une accumulation de difficultés économiques, sécuritaires et réglementaires qui menace désormais directement la pérennité du service rendu aux usagers et aux forces de l’ordre ».
Depuis plusieurs années, des groupes de travail ont été engagés avec les pouvoirs publics sur les questions tarifaires, la sécurité des professionnels et l’évolution du cadre réglementaire. « Mais aujourd’hui, la hausse brutale des coûts d’exploitation, notamment du carburant, agit comme un révélateur d’une situation devenue insoutenable pour de nombreuses entreprises ».
Deux opérations escargot
Et donc, après les transporteurs routiers qui ont manifesté sur le périphérique parisien le 30 mars, c’est au tour des dépanneurs d’y mener deux opérations escargot.
Concrètement, deux rendez-vous sont fixés :
- le premier à 7 h à Villepinte, sur la bretelle d’accès au Parc des expositions de Paris-Nord. Départ prévu vers 8h/8h30, en direction de la porte de la Chapelle par l’autoroute A1 ; l’opération escargot se poursuit sur le périphérique intérieur, en direction de la porte de Bercy où le cortège se rendra au ministère des Finances ;
- le second sur l’autoroute A13 à l’aire de Morainvilliers Sud, à 7 h également ; le cortège prend la direction de la Porte d’Auteuil, puis de celle de Bercy via le périphérique extérieur.
L’arrivée au pied du ministère des Finances est prévue vers 11 h/11 h 30. Les professionnels prévoient d’y camper jusqu’à 16 h 30, sachant qu’un rendez-vous est prévu avec des représentants du gouvernement en début d’après-midi.
Mission essentielle
Chaque jour, partout en France, les entreprises de dépannage-remorquage-fourrière assurent une mission essentielle : sécuriser les routes, intervenir après les accidents, enlever les véhicules dangereux ou gênants, accompagner les forces de l’ordre et garantir la fluidité du trafic. Ce petit milieu est constitué de TPE et PME de proximité, disponibles 24h/24 et 7j/7, souvent dans des conditions difficiles. La profession compte environ 6 000 entreprises. Problème, cette activité est devenue économiquement intenable, compte tenu des conditions actuelles imposées aux professionnels. « Ces entreprises exercent une véritable mission d’utilité publique et si elles disparaissent progressivement, ce sont les automobilistes, les collectivités et les forces de l’ordre qui en subiront directement les conséquences », alerte Philippe Gimenez, président de la branche dépannage-remorquage-fourrière de la FNA.
Au bord de l’asphyxie économique
Les tarifs des prestations de dépannage et de remorquage sur autoroutes et voies express, ainsi que ceux liés à l’enlèvement de véhicules en vue de leur mise en fourrière à la suite d’infractions (rodéos urbains, conduite sous stupéfiants, stationnement dangereux, etc.), sont encadrés par des plafonds réglementaires « aujourd’hui totalement déconnectés des réalités économiques du secteur », estime la FNA. Ces tarifs, pour certains quasiment inchangés depuis le passage à l’euro au début des années 2000, ne tiennent plus compte de l’évolution considérable des coûts supportés par les entreprises : carburant, assurances, équipements spécialisés, foncier, exigences accrues en matière de sécurité des sites, ou encore investissements liés à l’électrification du parc, les charges n’ont cessé d’augmenter.
Dans le même temps, la hausse des prix des carburants, principalement du diesel, indispensable aux véhicules d’intervention, ne peut être répercutée. « Cette situation, parfaitement connue des pouvoirs publics, fragilise durablement les entreprises de proximité et menace leur pérennité, alerte la FNA. Actuellement les professionnels sont confrontés à des interventions réalisées à perte ».

Mesures immédiates
Dans ce contexte, les organisations professionnelles demandent des mesures immédiates :
- des aides carburants ciblées vers les professionnels du dépannage-remorquage-fourrière, au même titre que les autres secteurs exposés déjà accompagnés, comme le transport routier ;
- une revalorisation urgente des tarifs réglementés, leur révision annuelle et le droit de majorer la nuit, le week-end et les jours fériés ;
- un plan d’accompagnement pérenne (mesures fiscales incitatives, réduction des délais de paiement de l’administration…).
Plusieurs revendications de long terme
« L’État ne peut plus ignorer la dégradation de la santé économique de la profession, dégradation dont il est en partie responsable, du fait de l’inaction cumulée depuis des années », estime la FNA. La sécurité des interventions ne peut plus être ignorée La profession appelle à un renforcement global de la sécurité, tant lors des interventions que sur les sites de stockage, ainsi qu’à une meilleure protection des professionnels. Malgré des avancées engagées avec les pouvoirs publics, les mesures prises restent insuffisantes au regard de l’urgence.
Les organisations appellent l’État à :
- reconnaître officiellement le rôle d’utilité publique de la profession ;
- préserver le maillage territorial des entreprises ;
- garantir des conditions économiques viables ;
- renforcer immédiatement la sécurité des interventions.
« Les professionnels ont toujours répondu présents lors des crises, des accidents majeurs, des violences urbaines ou des événements exceptionnels, conclut Philippe Gimenez, président de la branche dépannage-remorquage-fourrière de la FNA. Aujourd’hui, ils demandent simplement les moyens de continuer à assurer leur mission ».