Inflation des carburants : l’OTRE suspend les manifestations

L’Organisation des transporteurs routiers européens (OTRE) a annoncé le 2 avril qu’elle suspendait les manifestations à travers la France, destinées à demander un soutien financier public au gouvernement. Son délégué général, Jean-Marc Rivera, explique pourquoi à France Routes.

Après avoir manifesté contre la flambée des carburants, plusieurs jours sur les routes de France, et notamment sur le périphérique parisien le 30 mars, l’OTRE a annoncé le 2 avril suspendre les opérations escargot de camions et autocars, après avoir obtenu certaines mesures gouvernementales pour aider les entreprises du secteur TRM à passer le cap. Jean-Marc Rivera, délégué général de l’OTRE, décrypte les avancées et les suites envisagées.

Jean-Marc Rivera, délégué général de l’OTRE. Photo : Christophe Barette

Après un mois de négociations et une série de manifestations, l’OTRE suspend les manifestations de transporteurs routiers. Quelles avancées concrètes avez-vous obtenues depuis un mois ?

Dans le cadre de la crise actuelle des carburants, l’OTRE, a rapidement adopté une position ferme en alertant le gouvernement sur les conséquences graves et immédiates de la flambée des prix pour les entreprises, notamment en matière de trésorerie. Elle a demandé la mise en place rapide d’aides forfaitaires ciblées à destination des entreprises du transport routier de marchandises, du transport routier de voyageurs et du transport sanitaire.

Dans ce contexte, elle s’est mobilisée dans les territoires et elle a obtenu du gouvernement un dispositif de soutien financier en faveur des entreprises du secteur.

La confirmation du caractère reconductible de l’aide, en fonction de l’évolution des conséquences du conflit iranien sur les prix des carburants, ainsi que l’élargissement du dispositif à l’ensemble des entreprises du transport routier (marchandises, voyageurs et sanitaire), quelque soit leur taille, sous réserve d’une demande de report de charges, ont constitué les deux points centraux ayant conduit à la suspension des mobilisations en cours dans les territoires et à l’acceptation des modalités de versement des aides proposées par le gouvernement.

L’OTRE est consciente que les mesures obtenues ne sont pas pleinement satisfaisantes, mais elle considère qu’elles constituent une première étape.

Certaines de ces modalités font toutefois encore l’objet de négociations : la révision des aides forfaitaires pour les autocars effectuant des services non conventionnés (occasionnels et touristiques), ainsi que pour les véhicules utilitaires et les véhicules sanitaires

Cependant le gouvernement reste dans une enveloppe budgétaire faible avec 50 millions d’euros d’aides, et ne s’engage pas sur une maîtrise ou un blocage des prix des carburants. Une tension sur les prix qui est un risque pour les transporteurs mais aussi les salariés… Quel est le ressenti des transporteurs face à cette situation ?

L’attribution des aides est encadrée et leur versement ne s’interrompra pas brutalement une fois le seuil des 50 millions atteint. Cette aide a pour objectif de compenser, au moins partiellement, les surcoûts liés à la hausse du carburant qui n’ont pas pu être répercutés sur les clients.

Dans ce contexte, le caractère reconductible de cette mesure est essentiel, et nous y resterons particulièrement attentifs.

Cela étant, nul ne peut aujourd’hui anticiper les conséquences du conflit iranien. Si la situation venait à s’aggraver, il est évident que le gouvernement ne pourra se limiter à ces seules aides.

La mobilisation était plus ou moins importante selon les régions, quel bilan en tirez-vous d’autant que vous étiez majoritairement la seule organisation professionnelle à avoir adopté cette stratégie ? Comment imaginez-vous la suite ?

Les mobilisations ont exprimé les profondes inquiétudes, la détresse, voire la colère des entreprises. Une fois encore, les transporteurs sont confrontés aux conséquences d’une crise qui les contraint à solliciter des aides publiques.

Depuis la crise du Covid-19, ces épisodes se succèdent sans relâche. À chaque fois, le caractère vital et stratégique du transport est rappelé, mais entre deux crises, aucune avancée concrète et durable n’est mise en œuvre.

Il est temps, une bonne fois pour toutes, de faire aboutir les revendications que nous portons depuis longtemps. L’OTRE réaffirme avec force la nécessité de déployer, sans délai, des mesures structurelles ambitieuses, afin de permettre aux nombreuses TPE, PME et ETI du transport routier de vivre dignement de leur activité.

Les mesures demandées par l’OTRE pour un soutien durable des entreprises françaises de transport routier :

  • Une révision profonde et immédiate des règles d’indexation gazole prévues par la loi, afin d’en simplifier le mécanisme par l’application d’une règle de calcul unique, lisible et opposable ;
  • Un renforcement du code des transports, notamment dans la définition et la sanction des pratiques de prix abusivement bas ;
  • Un durcissement des contrôles et des sanctions à l’encontre des donneurs d’ordre ne respectant pas les délais de paiement ;
  • Un renforcement effectif des contrôles et des sanctions visant les pratiques de cabotage illégal par certains pavillons étrangers ;
  • L’encadrement strict des temps d’attente chez les clients, assorti du paiement systématique d’indemnités aux transporteurs en cas de dépassement ;
  • Une révision profonde de la gestion des palettes.

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