Ce camion-benne Scania 500 G à châssis 12×4 est homologué au PTAC de 50 t. Alors que 5 essieux suffisaient, ses concepteurs en ont ajouté un sixième. La raison tient à une spécificité néerlandaise…
Nous avons eu l’occasion, ces derniers temps, de signaler l’arrivée de porteurs à 6, 7, voire 8 essieux, destinés à recevoir des superstructures lourdes, telles qu’une pompe à béton, une grue repliable ou une nacelle élévatrice. Mais cette fois, il en va autrement. Ce Scania 500 G d’entraînement 12×4, récemment mis en service aux Pays-Bas, est homologué classiquement au PTAC de 50 t, valeur qui n’impose normalement, en Hollande, que 5 essieux. Alors, pourquoi se compliquer la vie en en ajoutant un, avec des conséquences négatives sur le prix d’achat, le coût opérationnel, voire la maniabilité ?

Nouvelle lubie d’un entrepreneur en quête de sensationnel ? Non, bien sûr. Les raisons qui ont amené De Jong Zuurmond à commander ce Scania très spécial sont logiques. Il se trouve en effet que cette entreprise travaille couramment sur des sites dont les accès sont limités en tonnage, en particulier le long des digues de protection contre les inondations, nombreuses aux Pays-Bas et qui font l’objet d’un soin attentif. Mais, curieusement, c’est moins le tonnage maximum qui pose problème que la charge à l’essieu, réduite à 9 t. Bilan, travailler sur ces itinéraires au PTAC légal de 50 t est possible, à condition de s’assurer qu’aucun des essieux ne dépasse 9 t à pleine charge. D’où l’idée d’ajouter un essieu à un 10×4, afin de répartir sa masse sur 6 essieux au lieu de 5.
Le magicien
C’est encore une fois Veldhuizen, le magicien des trains roulants hors norme, qui a trouvé la solution et modifié un châssis Scania afin qu’il réponde à cette double exigence pondérale. La base est celle d’un 500 G 8×4 de 4 550 mm d’empattement, auquel a été ajouté un troisième essieu directeur avant, doté d’un dispositif de relevage et situé 1,3 m derrière le deuxième essieu directeur. En arrière du tandem moteur a également été installé un essieu suiveur dirigé à monte simple, présentant un entraxe de 1 300 mm. La suspension pneumatique intégrale a été ajustée pour obtenir un PTAC de 50 t, dans le respect des 9 t exigées sur chacun des 6 essieux, y compris ceux du tandem moteur.

Potentiellement, ce châssis peut évidemment supporter plus et il est d’ailleurs homologué au PTC technique de 60 t, exploitable uniquement en chantier fermé. Au-delà de ces modifications majeures, il a encore fallu faire preuve d’inventivité pour loger, dans un espace extrêmement restreint, l’échappement, les batteries, les bouteilles d’air, le réservoir d’AdBlue, celui à carburant (d’une capacité de 290 l), etc.
Reste maintenant à savoir si ce véhicule demeurera une pièce unique ou si d’autres exploitants, confrontés au même problème, pourraient être tentés d’adopter cette configuration osée mais cohérente. Encore que cette première n’en soit pas tout à fait une. Il y a tout juste dix-sept ans, l’entreprise néerlandaise Pouw avait déjà commandé à Ginaf un porteur 12×4 doté d’une benne allongée et homologué au PTC de 60 t. Le but n’était pas alors de réduire la charge à l’essieu, mais de pouvoir travailler légalement à un PTAC augmenté de 10 t. Cependant, les autorités compétentes, à qui Pouw voulait un peu forcer la main, n’ont jamais consenti à un tel relèvement et ce Ginaf singulier n’a pu travailler à sa pleine capacité que sur des sites privés…